La librairie et le temps des fêtes (partie 1): « Un BON livre! »

En librairie, on vit le temps des fêtes de la même manière que tous les employés de commerces de détail : avec une surabondance de musique de Noël dans les oreilles et un manque d’espace pour se mouvoir dans les allées du magasin. Malgré tout, on passe du bon temps, parce qu’il est toujours plus plaisant de servir des clients et de les conseiller que de placer des livres sur les tablettes (enfin, à mon humble avis!) Malgré tout, j’ai eu envie aujourd’hui de vous faire part de ma bête noire de toujours en librairie, mais qui devient particulièrement vorace durant la période des fêtes: la quête d’un « bon » livre.

Mise en situation du scénario classique:

-Un Client (féminin ou masculin, le Client est parfois comme une race à part entière) se présente en magasin, à la recherche d’un cadeau pour sa nouvelle belle-mère/la fille adolescente en crise d’identité d’une connaissance/le collègue mystérieux qu’il a pigé pour le traditionnel échange au bureau/insérez ici la relation la plus loufoque possible qui puisse exister entre deux individus (ou juste une relation simple. Père, mère, frère, blonde, etc. C’est juste que mon exemple est plus frappant quand la situation n’est pas évidente.)

-Le Client, à qui je demande gentiment s’il a besoin d’aide, me dit que oui, il pourrait grandement bénéficier d’un coup de main, que je lui sauverais la vie si je l’aidais à trouver ce qu’il cherche. Jusque là, ça va.

-Vient ensuite le moment où je lui demande ce qu’il veut trouver, pour que je puisse l’aider adéquatement. Le moment où il me répond, l’air sérieux, sourcils froncés, en connaisseur: « Je cherche un BON livre. Vous auriez pas un BON livre à me suggérer? » (D’habitude, c’est le moment où je hurle dans ma tête et lutte contre une envie de m’écraser la main dans le front.)

-Afin d’éclaircir la situation un brin, je demande au Client quel genre de livre il recherche, exactement? Un roman, une biographie, un ouvrage technique? Du policier, de la science-fiction, de l’horreur, de l’humour, du drame, de l’historique? Généralement, c’est le moment où le Client fronce encore davantage les sourcils (si une telle chose est possible) et, après une seconde de réflexion, répond: « Ben… un BON livre là. Quelque chose que tout le monde aime, que les gens s’arrachent. Vous devez ben avoir ça, à quelque part? » (Là, c’est le moment où j’essaie vraiment très fort de ne pas laisser mon visage trahir mes envies de meurtre. Bon, je l’avoue, c’est un peu fort. Disons plutôt mes envies de lancer des livres dans les airs. Vers quelqu’un.)

-En parfait contrôle, je confirme avec le client qu’il s’agit bien d’un cadeau pour sa nouvelle belle-mère/la fille adolescente en crise d’identité d’une connaissance/le collègue mystérieux qu’il a pigé pour le traditionnel échange au bureau. Je lui demande alors quels sont les goûts de la personne en question? Qu’est-ce qu’elle aime lire, d’habitude? Est-ce qu’il y a des genres qu’elle déteste? Et le Client de me répondre, après un nouvel effort de réflexion : « Ben…je sais pas, je la connais pas vraiment. C’est pour ça que je vous dis qu’avec un BON livre, je suis certain de pas me tromper! » (Là, d’habitude, c’est le moment où j’abdique, j’entraîne le client vers les présentoirs à l’avant du magasin et leur propose quelques uns des gros vendeurs, peu importe le genre, peu importe le sujet, en m’efforçant de demeurer joviale et souriante. À l’intérieur, la lectrice/littéraire/auteure en moi boude comme un gros bébé, ou pète une crise. Ça dépend de mon humeur de la journée.)

-Le Client, après avoir écouté à demi mes descriptions des différents livres, s’empare du premier dont la couverture lui semble attrayante, le premier « qui a l’air BON », puis se dirige vers les caisses, tout sourire, après m’avoir remerciée. (Là, une fois que le Client est parti, c’est le moment où je soupire. Un gros, gros soupir.)

Le Client est reparti heureux, il a eu ce qu’il voulait et c’est tant mieux! Alors pourquoi ça m’agace? Parce qu’un BON livre universel, ça n’existe pas. Qu’on s’entende là-dessus: oui, il y a des livres dont la qualité littéraire est supérieure à d’autres. Oui, il y a des livres dont le récit est mieux ficelé, l’intrigue mieux menée, les personnages mieux développés que dans d’autres ouvrages. Oui, il y a des œuvres canoniques, des classiques dans chaque genre, chaque courant littéraire. Oui, il y a des livres (souvent des séries) qui vont beaucoup mieux se vendre que d’autres, parce que le contenu semble en général rejoindre beaucoup de gens et que les critiques sont la plupart du temps positives. Mais qu’on s’entende aussi là-dessus: AUCUN livre ne fera l’unanimité. AUCUN livre n’est garanti de plaire à tous les lecteurs. Ce qui est bon, merveilleux, extraordinaire pour moi ne le sera peut-être pas du tout pour vous. Ou peut-être qu’il le sera un peu. Ou peut-être qu’il sera aussi formidable qu’il l’a été pour moi et que vous en serez ravi!

Les goûts de lecture, comme tous les autres types de goûts dans la vie, sont subjectifs. Alors un petit conseil, si vous souhaitez réellement faire plaisir à quelqu’un en lui offrant un livre : informez-vous un minimum de ses intérêts et de ses préférences. Parce qu’une belle intention doublée d’un cadeau qui plaît, c’est toujours gagnant!

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Une réflexion sur “La librairie et le temps des fêtes (partie 1): « Un BON livre! »

  1. Pingback: Hommage aux bons clients | Raphaëlle B. Adam

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