J’aime, j’aime beaucoup (spécial théâtre) : Haute Fidélité

Je ne suis pas une grande spécialiste de théâtre.

Mon dada à moi, c’est plutôt (vous l’aurez vaguement deviné) la littérature. Le théâtre, je l’ai apprivoisé quand j’étais petite, j’y ai beaucoup participé dans le programme d’art dramatique de mon école secondaire, j’ai remis ça à plus petite dose au cégep et je l’ai un peu étudié à l’université.

Je ne suis pas une grande spécialiste de théâtre, mais j’apprécie grandement cet art, cousin de la littérature, et je sais reconnaître une bonne pièce lorsque j’en vois une!

J’ai eu la chance, hier, d’assister à l’avant-première de la pièce de théâtre Haute Fidélité, présentée à la Salle du Parvis à Sherbrooke… et il faut avouer qu’il y avait longtemps que je n’avais pas ri à ce point-là dans une salle de spectacle. C’était du bonbon!

Bon, je vous vois venir: « Le Parvis, c’est pas là que tu travailles? On sait ben que t’as un parti pris! » Ceux qui me connaissent bien savent que j’ai beaucoup de mal à promouvoir avec enthousiasme quelque chose qui me laisse indifférente. Et laissez-moi simplement vous dire ceci: chaque semaine, plusieurs événements d’intérêt ont lieu dans ce centre culturel unique. Plusieurs. Chaque semaine. En dépit de la qualité des événements présentés, me voyez-vous systématiquement écrire des articles hebdomadaires pour tout promouvoir, à tout prix? Non?

Ben c’est ça.

Haute Fidélité (Run for Your Wife en version originale) est une savoureuse comédie de l’auteur britannique Ray Cooney, présentée par la troupe de théâtre sherbrookoise Skênê Machine et mise en scène par la jeune Laurie Léveillé. Les bases de la pièce sont assez simples; l’histoire qui en résulte est, quant à elle, totalement tirée par les cheveux, pour le plus grand bonheur des spectateurs!

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Alexe Laroche, Alexandre Martin et Alicia Lemieux ; photo prise sur https://www.salleduparvis.com

Jos Bleau, chauffeur de taxi, est marié simultanément à deux femmes qui ignorent tout de sa double vie. Comme il suit un horaire assez strictement établi, il n’a aucun mal à habiter deux appartements sans éveiller les soupçons de ses épouses. La situation se corse lorsque, pris au milieu d’une altercation, il est blessé et conduit à l’hôpital ; sur place, confus en raison de sa blessure à la tête, il donne au personnel une adresse différente de celle qu’il a fournie aux policiers… Se succèdent alors une série de mensonges tous plus grotesques les uns que les autres, dans lesquels se trouvent rapidement emmêlés Jos, son ami Gustave, ses deux femmes Carmen et Thérèse, les agents de police Trottier et Grand’Maison ainsi que Jeannot, son coloré voisin.

Honnêtement, j’ai pleuré de rire. À plusieurs reprises. Et à en juger par l’hilarité qui secouait la foule, je ne devais pas être la seule!

Les comédiens, pour la plupart assez jeunes, sont aussi expressifs que talentueux. Alexandre Martin, qui campe le rôle de Jos, joue à merveille les différentes déclinaisons de la surprise et du malaise, s’embourbant toujours davantage dans les savoureux mensonges que son personnage ne cesse de multiplier. En ce qui concerne Simon Turcotte, l’interprète de l’excentrique (et excellent) Gustave Farmer, il est impossible de ne pas se tordre de rire devant la panoplie de mimiques qu’il offre au public ; il s’approprie parfaitement bien ce personnage hilarant qui, à chacune de ses apparitions, va forcément rendre l’histoire encore plus complexe.

Dans le rôle de Carmen Bleau, la première femme de Jos, Alicia Lemieux joue aussi bien le dédain sarcastique que l’hystérie, alors que son personnage peine à comprendre ce qui se passe autour d’elle ; Alexe Laroche, quant à elle, incarne parfaitement la naïveté et la candeur de Thérèse, l’autre femme de Jos. Du côté des forces de l’ordre, Denis Bégin est très convaincant dans le rôle du strict et (quasi) inébranlable Trottier, qui tente réellement de faire la lumière sur ce qui se passe ; on ne peut pas en dire autant des motivations du grand dadais de Grand’Maison, dans la peau duquel Nicolas Duquette démontre autant de crédulité que de bonhomie. Toute cette joyeuse bande est complétée par Steve Méthot, dont l’interprétation réjouissante et caricaturale de « la grand’ folle » qu’est Jeannot Pépin vient rajouter une couche d’absurdité à cette histoire complètement décalée.

Un délice, je vous dis.

Si vous habitez l’Estrie, ou si vous demeurez à l’extérieur et qu’une visite estivale à Sherbrooke vous tente, n’hésitez pas à venir faire un tour au Parvis pour voir les artisans de Skênê Machine à l’œuvre ; vous en aurez amplement pour votre argent.

Du théâtre amateur? Je ne pense pas. Pour moi, il y a une qualité certaine et un grand professionnalisme derrière la mise en scène, l’interprétation et le rythme de cette production.

Mais bon, qui suis-je pour dire une chose pareille? Après tout, je ne suis pas une grande spécialiste de théâtre…

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Haute Fidélité

Présenté du 9 juillet au 15 août à la Salle du Parvis, 987 rue du Conseil, Sherbrooke

20 h / 20 $

Pour acheter des billets: www.salleduparvis.com ou (819) 566-6264

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J’aime, j’aime beaucoup: « 6, chalet des brumes », Collectif

6, CHALET DES BRUMES (COLLECTIF)

6 Chalet Des Brumes

Éditeur: Les Six Brumes

Date de parution: Octobre 2014

Nombre de pages: 258 p.

ISBN: 9782923864297

Résumé/Extrait:

Survivrez-vous à vos vacances au 6, chalet des brumes?

Une situation, six choix qui vous mèneront dans les méandres du FANTASTIQUE, de la FANTASY, de la SCIENCE-FICTION, de l’HORREUR, du POLICIER et de l’INCONNU.

Replongez-vous dans l’univers des Livres dont vous êtes le héros à travers l’imaginaire de six auteurs chevronnés : Geneviève BLOUIN, Dave CÔTÉ, Luc DAGENAIS, Ariane GÉLINAS, Isabelle LAUZON et Jonathan REYNOLDS.

Hommage littéraire à ces univers fantaisistes qui ont fasciné de nombreux lecteurs des années 1980 à 2000, 6, chalet des brumes vous propose des défis aussi variés qu’inquiétants : moines mort-vivants, tueurs fous, anciens prisonniers, divinités lubriques, touristes galactiques et hallucinations meurtrières feront tout pour vous faire passer de vie à trépas.
Oserez-vous relever le défi? (Résumé tiré du site de la maison d’édition Les Six Brumes)

Pourquoi je l’aime :

J’ai toujours aimé les livres « dont vous êtes le héros ». Que ce soit ceux de Gallimard, ceux de la collection Passepeur ou encore ceux de la défunte série Chair de Poule Extra, j’aimais le concept de pouvoir choisir le destin du personnage principal, sans jamais pouvoir anticiper à l’avance ce que chacun de mes choix me réserverait… Eh bien, si j’aime 6, chalet des brumes, c’est exactement pour les mêmes raisons! Sauf que là, en prime, il s’agit d’un ouvrage collectif, entièrement écrit et édité au Québec! Que demander de plus?

Plus sérieusement, j’ai d’abord acheté l’ouvrage pour le concept, oui, mais aussi car je connais quelques-uns des auteurs qui ont participé à son élaboration. Je voulais ainsi encourager le travail de gens que j’admire… et franchement, je n’ai pas du tout été déçue!

L’histoire commence par une situation assez banale : le protagoniste (c’est-à-dire vous) se retrouve en vacances dans un chalet qu’il a loué. À peine est-il installé qu’un voisin vient frapper à sa porte pour le convier à un souper où seront présents tous les autres campeurs. Le personnage arrive donc ici à sa première croisée des chemins, celle qui permettra de définir dans quelle trame narrative il poursuivra ses vacances, parmi les six proposées.

Ce qui est sympathique avec ce livre, c’est que les histoires, bien qu’elles fassent toutes partie des littératures de l’imaginaire, ne sont pas du même genre : on y retrouve une trame fantastique, une policière, une d’horreur, une de science-fiction, une de fantasy et une d’un genre inconnu (et absurde, ce qui n’est pas peu dire!) Pas de chicane ici : il y en a clairement pour tous les goûts.

Avec Jonathan Reynolds et sa trame d’horreur, on plonge dans une histoire qui me rappelait certains « dont vous êtes le héros » que j’avais lus autrefois, avec juste ce qu’il faut de suspense pour nous faire douter de chacun de nos choix et nous donner envie de découvrir ce qui se cache dans le fameux sous-sol de ce voisin louche…

Dans la trame fantastique d’Ariane Gélinas, j’ai retrouvé avec bonheur le principe des longues quêtes mystérieuses où l’on doit récupérer divers objets afin de réussir à compléter avec succès l’aventure, tout en déjouant les périls qui se dressent sur notre chemin… avec, en prime, la plume bien particulière d’Ariane, dont j’ai déjà fait l’éloge ici-même.

Du côté du récit de fantasy d’Isabelle Lauzon, auteure que je connaissais mais que je lisais pour la toute première fois, j’ai découvert une belle plume d’une grande efficacité, qui nous entraîne dans un autre univers pour y faire la rencontre de divinités lubriques, le tout dans une histoire aux accents mythologiques… Inutile de spécifier que j’ai beaucoup aimé la combinaison qui en a résulté!

Dans la trame policière, écrite par Geneviève Blouin, le lecteur est convié à participer à une enquête pour retrouver et protéger, sur le camping, un collaborateur de la mafia dont la tête a été mise à prix. Mais qui, parmi tous les drôles de spécimens présents sur les lieux, est notre homme? Et surtout… qui est le tueur à gages qui le guette?  Le ton, humoristique sans jamais tomber dans le ridicule, m’a beaucoup plu et rendait la lecture très agréable.

En ce qui concerne le récit de science-fiction de Luc Dagenais, il nous met dans la peau d’un écrivain de space opera assez imbu de lui-même, qui fait une improbable rencontre du genre « quatrième type ». Moi qui ne suis pas une grande fan de sci-fi, j’ai apprécié ma lecture, principalement en raison du ton humoristique léger et de la manière dont l’auteur a développé les personnages « venus d’ailleurs »…

Enfin, pour le récit de Dave Côté, celui classé inconnu/absurde, je ne nourrissais pas vraiment d’attentes ; il faut dire que bien que je puisse apprécier l’absurdité dans certains contextes, je n’étais pas convaincue que cela aurait sa place dans un livre du genre. J’ai eu tort. Ce récit m’a fait sourire comme une idiote et même rire aux larmes, principalement en raison des nombreuses finales rocambolesques, toutes plus savoureuses et ridicules les unes que les autres. Un vrai petit délice de lecture!

Finalement, si vous avez l’occasion de mettre la main sur ce petit ouvrage en librairie et que vous avez envie de renouer avec les livres « dont vous êtes le héros » (ou même de les découvrir pour la première fois, pourquoi pas)… n’hésitez plus!

À lire aussi (du même auteur): Comme l’objet de mon article est une œuvre collective, je ne vous recommanderai pas d’ouvrages de chaque auteur, pour la simple et bonne raison que je n’en ai pas lu suffisamment! Cependant, je vous encourage très fortement à explorer le catalogue de la maison Les Six Brumes, cette dernière faisant la promotion des littératures de l’imaginaire d’ici : vous y ferez sans doute de belles découvertes!

J’aime, j’aime beaucoup : spécial « parce qu’on voit des cœurs partout… »

Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas très « Saint-Valentin ». Ce n’est pas une fête que je trouve particulièrement importante à souligner, étant donné que pour moi, l’amour et l’amitié se célèbrent en tout temps, toute l’année (je sais que c’est cliché, mais je sais que je ne suis pas la seule à voir la chose ainsi!) Malgré tout, parce qu’on voit des cœurs en papier partout (et du chocolat, mais ça, c’est toujours bon!), j’ai décidé d’écrire un petit article de suggestions littéraires à thématique « Amour et désir » (parce que, pourquoi pas.)

Ceux qui me connaissent savent aussi que je ne suis pas particulièrement fan de romans d’amour « conventionnels », c’est-à-dire que pour moi, une histoire d’amour ne suffit absolument pas pour me donner envie d’acheter un livre (je sais, je suis une grande romantique. Ha, ha, ha.) Alors vous aurez dans ma liste des romans d’amour ou érotiques, oui, mais aussi des romans qui m’ont plu et dans lesquels une histoire d’amour valait la peine d’être soulignée.

SOIE
Alessandro Baricco

Éditions Gallimard (Folio)
144 p.
SoieCe magnifique petit roman qui se lit d’une traite raconte une merveilleuse histoire d’amour impossible entre un marchand de vers à soie et la jeune maîtresse d’un seigneur japonais, qu’il côtoie lors de ses voyages en terre nippone. C’est l’histoire de cette liaison, oui, mais aussi celle d’un homme et de sa femme, de leur relation malgré la distance, malgré la guerre, malgré les aléas de la vie.  Je dois avouer que ce roman contient certaines des scènes d’amour les plus émouvantes qu’il m’ait été donné de lire, scènes subtiles et pleines de sous-entendus, dans un style épuré et d’une grande finesse. Un petit chef-d’œuvre, à savourer.

LES LIAISONS DANGEREUSES
Pierre Ambroise François Choderlos de Laclos
Éditions Gallimard (Folio)
512 p.

Les liaisons dangereusesClassique de la littérature du XVIIIe siècle, ce roman épistolaire nous présente, sous forme de correspondances entrecroisées, les liaisons parfois touchantes, souvent tordues, de plusieurs personnages appartenant à la noblesse française. Les deux principaux protagonistes, le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil, sont de véritables manipulateurs qui semblent se livrer une chaude lutte de libertinage, se partageant leurs exploits respectifs par écrit et se lançant des défis les plongeant toujours davantage dans la débauche…tout en entraînant plusieurs innocents avec eux. D’ordinaire, je n’affectionne pas particulièrement les romans épistolaires, mais celui-là m’a énormément plu: la « plume » des personnages est élégante, leurs sentiments sont intenses et l’ironie mordante de certaines répliques avait tout pour me faire sourire. À découvrir, si vous avez envie d’explorer l’univers des libertins du siècle des Lumières. (Et si vous n’avez pas envie de lire, le film de 1988 était assez captivant aussi, avec son impressionnante distribution!)

LES INFORTUNES DE LA BELLE AU BOIS DORMANT (3 tomes)
Anne Rice

Éditions Michel Lafon
304 p.
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Pour moi, cette trilogie est une bonne alternative à considérer pour ceux qui veulent lire de la littérature érotique, mais qui considèrent les romans à la mode en ce moment comme étant trop « softs » ou trop mal écrits (non, je ne nommerai ici aucune trilogie érotique en particulier… même si tout le monde sait de quoi je parle.) Dans cette série, la plume d’Anne Rice nous plonge dans un univers inspiré du conte de la Belle au bois dormant, univers dans lequel soumission, domination et luxure s’entremêlent dès les premières lignes. Bon, j’avoue que l’ensemble devient rapidement répétitif (il y a des limites aux « délices décadents » que peuvent vivre les personnages), mais j’ai tout de même beaucoup apprécié ma lecture ; certaines scènes me « hantent » encore (je ne vous dis pas lesquelles, petits coquins…!) Enfin, j’ai aimé l’écriture, Rice nous donnant véritablement l’impression de plonger dans un conte délicieusement perverti.

LE CHARDON ET LE TARTAN (10 tomes à ce jour, en français)
Diana Gabaldon

Éditions Libre Expression
536 p.

Le Chardon et le TartanCette (très) longue série relate l’histoire d’amour de Claire Beauchamp, une Anglaise du XXe siècle, et de Jamie Fraser, un Écossais du XVIIIe siècle, qui ont fait connaissance après que la jeune femme ait voyagé accidentellement dans le temps, lors d’un séjour en Écosse. Leur relation passionnée se développe et évolue à travers les guerres, les conflits, les dures conditions de vie dans les Highlands et… les siècles. De mon point de vue, cette série est du bonbon. L’histoire est accrocheuse, les personnages sont attachants, l’humour et l’action sont au rendez-vous et l’intrigue se complexifie au fur et à mesure que le récit progresse. Encore une fois, j’avoue avoir trouvé que, la moitié de la série passée, l’auteure étirait la sauce et l’histoire devenait de plus en plus invraisemblable ; malgré tout, j’ai beaucoup aimé les premiers tomes et, si cette série se retrouve dans cette liste, c’est qu’après avoir fait la connaissance du personnage de Jamie, la gent masculine écossaise devient subitement fort attrayante, selon les dires de plusieurs lectrices… (et des miens aussi, je l’avoue. Après avoir lu le premier tome, et même pendant, on veut un Écossais. Point à la ligne.)

NOTRE-DAME DE PARIS
Victor Hugo
Éditions Gallimard (Folio)
960 p.
Notre-Dame de Paris

Tout le monde (ou presque) connaît Notre-Dame de Paris, que ce soit par le biais du roman original ou de la célèbre comédie musicale. Cette histoire compte parmi mes préférées: c’est certain, j’adore Victor Hugo, mais cette troublante histoire de triangle amoureux improbable, de désir malsain et de soif d’amour désespérée me fascine depuis longtemps (je « trippais » déjà sur le petit côté sombre du Bossu de Notre-Dame de Disney quand j’avais 7 ans, et c’était loin d’être aussi intense que l’histoire originale, alors imaginez!) Certes, la fin de ce roman est bien loin d’être heureuse, mais cela n’altère en rien la force et la beauté de l’œuvre, portée par la plume magnifique d’Hugo et remplie de personnages complexes dont les destins tragiques finissent par nous arracher quelques larmes.

Eh bien voilà, c’était ma modeste liste de suggestions littéraires atypiques pour la Saint-Valentin. Il existe évidemment des milliers d’autres livres pouvant appartenir à cette thématique, mais je crois vous avoir présenté des ouvrages suffisamment différents les uns des autres pour affirmer qu’il y en a pour tous les goûts! Sur ce, je vous souhaite une excellente lecture… et, malgré ce que j’en pense, une très  belle Saint-Valentin!

J’aime, j’aime beaucoup: « Aliss » de Patrick Senécal

ALISS (PATRICK SENÉCAL)

Aliss

Éditeur: Alire

Date de parution: Novembre 2000

Nombre de pages: 521 p.

ISBN: 9782922145441

Résumé / Extrait:

Il était une fois… Alice, une jeune fille curieuse, délurée, fonceuse et intelligente de Brossard. À dix-huit ans, poussée par son besoin d’affirmation de soi, elle décide qu’il est temps de quitter le cégep et le cocon familial pour aller vivre sa vie là où tout est possible, c’est-à-dire dans la métropole. À la suite d’une rencontre fortuite dans le métro, Alice aboutit dans un quartier dont elle n’a jamais entendu parler et où les gens sont extrêmement bizarres. Mais c’est normal, non ? Elle est à Montréal et dans toute grande ville qui se respecte, il y a plein d’excentriques, comme Charles ou Verrue, d’illuminés, comme Andromaque ou Chess, et d’êtres encore plus inquiétants, comme Bone et Chair… Alice s’installe donc et mord à pleines dents dans la vie, prête à tout pour se tailler une place. Or, elle ne peut savoir que là où elle a élu domicile, l’expression être « prêt à tout » revêt un sens très particulier… (Résumé tiré du site de la maison d’édition Alire)

Tout au long de ce roman d’une grande originalité, le lecteur suit les mésaventures d’une jeune femme en quête de liberté, qui se trouve rapidement plongée dans un univers complètement décalé au sein duquel elle tente à tout prix de se tailler une place. Mais le peut-elle réellement?

Pourquoi je l’aime:

Honnêtement, j’ai dû relire ce roman à chaque année depuis mes seize ans (et ce n’est pas une blague.) Avec cette réécriture audacieuse d’Alice au pays des merveilles, le classique de Lewis Carroll, Senécal nous entraîne dans une histoire exclusive, mais truffée de clins d’œil faisant référence à Carroll, à sa vie et à son œuvre. Pour moi, Aliss est non seulement un roman qui nous garde en haleine du début à la fin, mais également une sorte de livre-jeu rempli de mystères, que chaque relecture permet de dévoiler davantage.

Parce que des jeux et des mystères, il y en a énormément, autant sur le plan de la forme que sur celui du fond. À travers le roman, plusieurs genres littéraires se côtoient: conte (représenté par les appels au lecteur avant chaque chapitre), théâtre (sous forme d’un dialogue dont la protagoniste est témoin, mais durant lequel elle ne peut voir les deux interlocuteurs), poésie (un personnage s’exprime uniquement en alexandrins), articles informatifs (lorsque l’héroïne lit des coupures de journaux qui l’aident à comprendre une partie de la situation), etc. Aussi, à plusieurs reprises, l’auteur fait varier la taille de la police de caractère employée, passant de lettres minuscules à d’énormes majuscules; ce fait assez inusité permet ainsi d’illustrer les perceptions faussées d’Aliss lorsqu’elle se trouve sous l’influence de drogues particulières.

En ce qui concerne le fond, les noms des lieux et des personnages ne sont jamais anodins, traçant des liens avec d’autres œuvres de Senécal et renvoyant régulièrement le lecteur à des références littéraires ou carrément populaires. Saurez-vous les identifier? (Je ne peux confirmer à 100% que j’ai trouvé toutes les références, mais franchement, c’était une partie de plaisir pour moi que de chercher à les repérer!)

Enfin, le ton employé est le dernier élément (et non le moindre) qui me permet de justifier mon amour pour ce roman singulier. J’adore l’ironie (et son cousin le sarcasme); parfois, j’ai l’impression qu’il s’agit de ma deuxième langue de prédilection… (Je vous laisse deviner la première. Vous ne devriez pas avoir trop de mal à déduire.) Hé bien avec Aliss, je me suis retrouvée en face d’un bouquin qui me parlait dans un langage bien connu! En effet, le lecteur traverse le récit en suivant les pensées de l’héroïne, qui s’exprime assez librement et de manière souvent très colorée. La narration est sarcastique à souhait, les répliques toujours savoureuses: un vrai régal.

Attention, toutefois : le contenu du roman, souvent très cru et parfois assez brutal, peut choquer certains lecteurs. À éviter, donc, si les scènes sexuellement explicites et la violence bien détaillée vous dérangent. Par contre, si vous êtes comme moi et que les éléments trash ne vous rebutent pas, n’hésitez plus et procurez-vous Aliss ; je suis à peu près certaine que vous ne serez pas déçus… et, surtout, amusez-vous bien!

À lire aussi (du même auteur): Senécal est un auteur assez populaire, mais parmi l’ensemble de sa production, j’ai mes petits coups de cœur. Je conseillerais sans hésiter Sur le seuil (roman d’horreur légèrement fantastique), Le vide (roman en deux tomes, critiquant de façon virulente notre société en quête de sens et ses vices cachés) et Le passager (roman court, mais fort intéressant de par son aspect psychologique très détaillé).

J’aime, j’aime beaucoup: « Anima » de Wajdi Mouawad

ANIMA (WAJDI MOUAWAD)

ANIMA

Éditeur: Leméac/Actes Sud

Date de parution: Septembre 2012

Nombre de pages: 400 p.

ISBN: 9782330012632

Résumé / Extrait:

Lorsqu’il découvre le meurtre de sa femme, Wahhch Debch est tétanisé : il doit à tout prix savoir qui a fait ça, et qui donc si ce n’est pas lui ? Éperonné par sa douleur, il se lance dans une irrémissible chasse à l’homme en suivant l’odeur sacrée, millénaire et animale du sang versé. Seul et abandonné par l’espérance, il s’embarque dans une furieuse odyssée à travers l’Amérique, territoire de toutes les violences et de toutes les beautés. Les mémoires infernales qui sommeillent en lui, ensevelies dans les replis de son enfance, se réveillent du nord au sud, au contact de l’humanité des uns et de la bestialité des autres. Pour lever le voile sur le mensonge de ses origines, Wahhch devra-t-il lâcher le chien de sa colère et faire le sacrifice de son âme ? (Résumé tiré du site de la maison d’édition Actes Sud)

Dans ce magnifique roman, dont la force des propos n’a d’égale que celle de l’écriture, le lecteur accompagne l’homme blessé qu’est Wahhch Debch dans sa quête pour retrouver l’assassin de sa femme. Ce faisant, il apprendra beaucoup d’autres choses encore, se remémorant des souvenirs d’une grande noirceur et découvrant, malgré tout, des vérités lumineuses comme la vie.

Pourquoi je l’aime:

Ce roman m’a profondément marquée, autant par son contenu que son originalité. D’abord, il m’apparaît essentiel de mentionner que le roman tout entier est narré non pas par un narrateur omniscient ou par le protagoniste, mais bien par tous les animaux qui croisent la route de Wahhch Debch.  Chaque chapitre porte le nom latin d’un animal, et c’est à travers les yeux de l’animal en question que sera présentée cette portion du récit. L’écriture sensible de Mouawad réussit à se transformer subtilement selon la nature du narrateur, rendant la lecture encore plus enivrante. Du rythme rapide des phrases des chiens à la lenteur indolente de celles des chats, des allitérations en « s » des serpents aux paragraphes fragmentés des oiseaux, la langue et le style de l’auteur parviennent à rejoindre le récit et à s’y entremêler pour offrir au lecteur une expérience unique.

En ce qui concerne le contenu de l’histoire, je dois dire qu’il m’a bouleversée à plusieurs reprises. D’ordinaire, je peux lire des choses vraiment atroces sans me sentir trop remuée (les voir, c’est une autre histoire…), mais dans ce cas-ci, la précision des descriptions et la richesse des émotions transmises étaient telles que j’ai eu l’impression de visualiser toutes les scènes, surtout les plus dures. Car de la dureté, il y en a ; elle côtoie la beauté et c’est ce qui rend l’ensemble troublant. Cœurs sensibles s’abstenir.

À lire aussi (du même auteur): À ceux qui ne dédaignent pas la lecture de pièces de théâtre, je recommanderais le cycle Le Sang des Promesses, composé des pièces Littoral, Incendies et Forêts. À tous les autres, je recommande fortement le visionnement du film québécois Incendies, réalisé par Denis Villeneuve, qui est une adaptation de la pièce du même nom. La fin de ce film m’a secouée ; j’y pense encore régulièrement.

J’aime, j’aime beaucoup : « Transtaïga » d’Ariane Gélinas

TRANSTAÏGA (ARIANE GÉLINAS)

Les villages assoupis, t01

transtaiga

Éditeur: Marchand de feuilles

Date de parution: Avril 2012

Nombre de pages: 152 p.

ISBN: 9782923896106

Résumé/Extrait:

Premier tome de la trilogie Les villages assoupis qui met en lumière des villages fantômes québécois, Transtaïga tisse le fil rouge entre les barrages hydro-électriques, les lacs anonymes et les hameaux à la limite de la ligne forestière. Pourvoiries, embarcations en écorce et haltes routières sont clouées dans le récit comme autant d’avertissements mystérieux.

Anissa travaille dans une pouponnière de huskies à la lisière de la route Transtaïga quand Annun, son chien de tête, s’attaque à Léonie, l’orgueilleuse vétérinaire. Ce geste d’Annun semble ouvrir une brèche dans la vie d’Anissa ; elle monte alors dans sa vieille Lincoln, en direction de la route de la Baie James. Elle souhaite ainsi rejoindre le village fantôme de Combourg, fondé par sa grand-mère. (Résumé tiré du site de la collection Lycanthrope, chez Marchand de feuilles.)

Le lecteur suit Anissa, héroïne entêtée et peu conventionnelle, alors qu’elle tente de remonter le long de la Transtaïga comme de son passé, à la recherche de ses origines chamaniques. Au fur et à mesure que le récit progresse, des extraits surprenants du journal de sa grand-mère sont dévoilés au lecteur. La grand-mère disait-elle la vérité? Était-elle complètement folle ou entrait-elle réellement en contact avec des forces plus grandes qu’elle? En rejoignant Combourg, Anissa marchera-t-elle dans ses traces?

Pourquoi je l’aime:

Ce roman a été pour moi comme une bouffée d’air frais, car il y avait longtemps que j’espérais lire un ouvrage québécois dans ce genre, combinant à la fois un univers sombre et une écriture riche. Avec son imaginaire gothique et sa plume envoûtante, l’auteure parvient à créer une ambiance empreinte de mystère, qui dérange et charme à la fois.

Les ambiances, parlons-en ; selon moi, Ariane Gélinas excelle dans l’art de les créer, de les instaurer avec une telle force que  le lecteur en est presque hanté. En tout cas, il en a été ainsi pour moi : je l’ai lu d’une seule traite, happée par l’histoire, désireuse de connaître le destin d’Anissa… et même lorsque le livre a été déposé, les derniers mots lus, je suis restée prisonnière (avec grand plaisir!) de son univers pendant les jours qui ont suivi.

Aussi, sans vouloir en dire quoi que ce soit pour ne pas gâcher l’effet final, je tiens à mentionner que j’ai adoré la conclusion du roman. J’ai ressenti un certain malaise en terminant ma lecture et j’ai eu du mal à fermer l’œil par la suite ; en général, c’est signe que quelque chose en moi a été ébranlé et, comme je l’expliquais dans mes premiers articles, cela fait partie de mes plus grands plaisirs de lecture.

Petite précision: je connais l’auteure, mais ce n’est pas du tout parce que je la connais que j’apprécie son œuvre. Souvent, nous avons tendance à encourager nos connaissances et nos amis dans leurs projets, même si leur style ou leur art ne nous fait pas réellement vibrer ; dans ce cas-ci, j’adore le travail d’Ariane pour ce qu’il est et j’attends toujours avec impatience ses nouvelles publications. C’est une jeune voix à suivre dans le domaine des littératures de l’imaginaire au Québec, croyez-moi.

À lire aussi (de la même auteure): Les deux autres tomes de la trilogie Les villages assoupis, L’île aux naufrages et Escalana, baignent dans le même genre d’ambiance onirique que le premier roman, mais leur action se situe dans des lieux et des décors différents. Aussi, si vous aimez les nouvelles fantastiques, je vous recommande fortement Le sabbat des éphémères, paru aux éditions Les Six Brumes ; il s’agit d’une autre façon de découvrir le fascinant univers de l’auteure.

J’aime, j’aime beaucoup: « Marmotte » de Bryan Perro

Comme je l’indiquais dans mon billet précédent, voici venu le temps de vous présenter mon premier coup de cœur québécois!

MARMOTTE (BRYAN PERRO)

MarmotteÉditeur: Perro Éditeur

Date de parution: Août 2012 (Éditions des Glanures en 1998, Intouchables en 2002)

Nombre de pages: 192 p.

ISBN: 9782923995069

Résumé / Extrait:

Les turbateurs étaient en ville aujourd’hui. Nous avons pété la gueule aux blôkes. Les blôkes sont des chiens sales. C’est pas moi qui le dis, c’est Tarzan. On ne peut pas se fier aux blôkes. Dès que tu as le dos tourné, ils te plantent un couteau entre les hommes aux plates. On ne peut pas faire confiance aux blôkes. Les samedis, les turbateurs vont souvent à la chasse aux blôkes. C’est moi le chef des turbateurs parce que je suis le père turbateur. Les marmottes aiment se battre. Je suis le chef parce que j’ai Rintintin, mon fidèle compagnon. Les autres turbateurs me suivent. Il suffit que je dise : “Bon. Goddamfuckinfrench!” pour que tous les turbateurs crient d’une seule et même voix: “YES!!! Les blôkes! Les blôkes! Les blôkes!!!”
Dans ce roman, les valeurs sociales sont scrutées sous un angle nouveau, surprenant, rafraîchissant, décapant. On peut y voir une satire absolument cruelle de l’“Homo quebencis”, mais surtout une pantomime sensible, bien orchestrée, qui nous fait passer des larmes aux rires, de la tendresse à la violence. (Extrait tiré du catalogue de Perro Éditeur.)

Ce petit roman raconte l’histoire de Marmotte, un jeune garçon à l’imagination fertile qui habite avec son père (Tarzan), sa mère (Lapute), son petit frère (qui vient de la planète des fruits), sa sœur aînée (la reine d’Angleterre) et sa grand-mère (la sorcière). Pour mieux survivre au sein de sa famille dysfonctionnelle, Marmotte nous raconte son monde et ses épreuves dans ses mots ; ce qui devient pour nous un voyage déjanté dans un autre univers semble être en vérité, pour lui, le reflet d’une réalité difficile à concevoir autrement.

Pourquoi je l’aime:

J’ai découvert ce roman en cinquième secondaire, alors qu’il figurait au programme dans nos cours de français. Selon moi, l’expérience de lecture a grandement été bonifiée par le fait que notre enseignante nous lisait le roman, chapitre par chapitre, à la fin de chacun des cours ; yeux fermés, nous n’avions qu’à l’écouter nous raconter l’histoire et à nous plonger dedans. Il faut avouer que le style presque « parlé » de l’écriture rendait l’expérience plutôt efficace!

Ce qui m’a plu dans ce roman, c’est la manière dont Bryan Perro parvient à traiter plusieurs sujets très durs (pauvreté, violence familiale, inceste, etc.) de façon presque sous-entendue, à travers le regard coloré de son petit personnage. Il faut dire que l’on passe aisément du rire au silence lorsqu’on lit Marmotte: un instant, on rigole devant le vocabulaire imagé du protagoniste (Monsieur Moncrisdecav, la Scie Garète, écouter Lâké, les Tas-Unis)… et l’instant d’après, on décode la scène qui se déroule derrière les mots et on en ressent toute la gravité.

Cette œuvre n’est pas récente et n’est pas particulièrement connue, mais je pense qu’elle vaut vraiment la peine d’être lue. C’est vrai que l’écriture très décousue, très collée aux pensées de Marmotte peut être agaçante au départ, mais en bout de ligne, je pense qu’elle fait partie intégrante de l’originalité de ce roman. Si vous avez la chance de mettre la main dessus, je vous le conseille fortement (et puisqu’il a été réédité dans les dernières années, il est sans doute plus facile à trouver qu’avant ; vous n’avez plus d’excuse!)

À lire aussi (du même auteur): La série Amos Daragon est devenue, pour moi, un classique des littératures de l’imaginaire pour la jeunesse. Cette série est une belle façon d’initier les jeunes lecteurs à la fantasy, avec son histoire captivante, ses personnages attachants et son humour toujours présent en filigrane. Elle a été rééditée récemment en quatre volumes chez Perro Éditeur. Si vous ne l’avez pas déjà lue et que le cœur vous en dit, n’hésitez pas: plongez!