Ce que la librairie m’aura appris…

Ceux qui me connaissent savent maintenant que j’ai quitté mon poste de libraire, après quatre belles années passées à côtoyer d’autres passionnés de littérature et à promouvoir la lecture auprès d’une vaste clientèle. Partir maintenant me fait un pincement au cœur, parce que j’aime énormément mes collègues et que ma passion pour les livres ne fait que croître de jour en jour ; malgré tout, il me fallait partir, principalement afin de m’accorder plus de temps pour terminer mon mémoire de maîtrise, mais aussi dans le but de me consacrer davantage à l’écriture, cette autre passion qui m’habite profondément.

Je me rappelle lorsque je suis entrée en poste, en juillet 2011: je possédais de bonnes connaissances littéraires, principalement concernant livres et auteurs classiques étudiés durant mon bacc et littératures de l’imaginaire lues pour le plaisir, mais aussi à propos d’auteurs et de titres de psycho-pop et de spiritualité, que j’avais vu traîner un peu partout à la maison.

Enfin, je pensais que je possédais de bonnes connaissances littéraires. Plus que le commun des mortels? Sans le moindre doute! Assez pour me débrouiller en librairie sans le secours d’un ordinateur? C’était une autre histoire…

Rapidement, j’ai réalisé que je connaissais bien peu d’auteurs, bien peu de titres. Et que ma mémoire pouvait stocker infiniment plus d’informations littéraires que je ne le pensais. Avec le temps, je suis devenu un vrai catalogue de librairie. Auteurs, titres, séries, collections, maisons d’édition, distributeurs, catégories, sous-genres, sections de classement: j’étais à l’aise comme un poisson dans l’eau, et ma mémoire me faisait rarement défaut.

Rien à voir avec mes premières semaines, mes premiers mois, où le fait que j’avais énormément à apprendre était assez évident.

Quatre ans plus tard, en prenant la porte de sortie, j’ai la tête pleine de toutes ces précieuses informations… mais je sais que si je ne les cultive pas, je vais finir par les oublier. C’est à force de classer, chercher et sélectionner les livres qu’on parvient à garder le catalogue frais en mémoire ; je vais sans doute en reperdre beaucoup au fil du temps, et c’est bien dommage.

Cependant, il y a des leçons que la librairie m’a enseignées que je n’oublierai jamais, parce qu’elles se sont présentées sous forme d’expériences, parce que je les ai vécues.

1. La lecture est un acte infiniment solitaire…

Je l’ai souvent dit et le dirai encore autant, les goûts littéraires sont aussi subjectifs que les goûts vestimentaires ou alimentaires. Ce sont des goûts personnels. Ce qui plaît à l’un ne plaira pas forcément à l’autre ; difficile de conseiller efficacement quelqu’un quand on n’a pas accès à son univers intérieur, celui qui influence et oriente ses choix. Devant le livre, au final, l’individu est seul. Il n’en tient qu’à lui de décider s’il veut le lire ou pas.

2. … et une activité sociale incroyable.

Étrange paradoxe qu’un passe-temps aussi solitaire puisse rassembler autant de gens sous une même bannière! Au fil des ans, j’ai vécu des moments mémorables avec des collègues et des clients, où l’amour ou le dédain d’un même livre suffisait à nous unir, à nous rapprocher les uns des autres, le temps d’une discussion. Toutes les passions sont fortes ; celle de la littérature ne fait pas exception.

3. Au fond, quand ils demandent conseil, les gens savent très précisément ce qu’ils cherchent, mais ne le diront pas toujours.

Sauf exceptions (et il s’agit là de gens très ouverts d’esprit et prêts à découvrir quelque chose d’entièrement différent), les gens ne veulent pas réellement se faire conseiller dans le choix d’une nouvelle lecture : ils recherchent une confirmation que le choix du genre, de l’auteur ou du livre qu’ils ont en tête est « le bon ». On le découvre quand le client décline tour à tour toutes les propositions qu’on lui fait, et s’oriente vers quelque chose qu’il avait  choisi dès le départ…

4. Les apparences ont encore et toujours de l’importance.

On dira ce qu’on voudra, mais pour la majorité des gens, « ne pas juger un livre par sa couverture » est plus facile à dire qu’à faire. Un design peu inspirant, une illustration terne ou un format banal sont encore d’excellentes façons de faire fuir le lecteur, qui ne se donnera même pas la peine de lire la quatrième de couverture. Et pourtant…

5. L’instinct demeure la meilleure façon de choisir une lecture.

C’est ce que j’ai conseillé aux clients durant quatre ans, et ce serait mon dernier conseil: si vous êtes attirés par un livre, essayez-le. Les raisons qui motivent votre intérêt importent peu.

Essayez-le, c’est tout.

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Hommage aux bons clients

Je dois me rendre à l’évidence: plusieurs fois, sur ce blogue, j’ai laissé parler mon exaspération face à certains types de clients (entre autres ici et ici.) Cependant, je n’ai jamais mentionné clairement mon appréciation des clients qui, en plus de savoir se comporter en société comme n’importe quel être humain civilisé le devrait, savent se montrer agréables et constituent, à eux seuls, une importante motivation pour les libraires que nous sommes. Voici donc mon hommage aux bons clients, ceux dont on ne parle jamais assez souvent.

Il y a les courtois, ceux qui se présentent poliment, posent leur question de façon très claire et, peu importe s’ils ont réussi à récupérer leur livre ou non, vont quitter en souriant et en nous remerciant de notre aide.

Il y a les reconnaissants, ceux qui sont ravis de bénéficier de nos conseils et qui considèrent chaque petit geste de courtoisie comme une énorme faveur. Généralement, ceux-là s’imaginent que notre dévouement habituel est un véritable cadeau et ils ne manquent pas de nous remercier chaleureusement, comme si on venait d’accomplir pour eux quelque chose de formidable.

Il y a les humoristes, ceux qui plaisantent avec nous dès le premier échange de paroles et dont la bonne humeur semble impossible à dissiper. La plupart du temps, on se retrouve à plusieurs pour les aider et les recherches se font dans la joie et la bonne humeur; on s’amuse un peu, avant qu’ils ne quittent en promettant de revenir, parce que « c’était ben plaisant ».

Il y a les passionnés, ceux qui dévorent les livres et qui se plaisent à venir partager avec nous leur amour de la littérature. Avec ceux-là, on ne s’ennuie jamais: ils sont enthousiastes, leurs yeux brillent et ils finissent par nous parler avec tant d’énergie de leurs coups de cœur qu’on a envie de les acheter, nous aussi.

Il y a les curieux, ceux qui font preuve d’une grande ouverture d’esprit et qui sont prêts à essayer à peu près n’importe quoi, à condition que notre propre passion pour les livres suggérés soit palpable. Ils sont toujours emballés par leurs nouvelles acquisitions et ont hâte de retourner à la maison pour commencer à lire, non sans nous avoir d’abord remerciés chaleureusement.

Il y a les placoteux, ceux qui en ont toujours long à dire sur une panoplie de sujets. Ils viennent peut-être chercher le dernier livre de cuisine à la mode, mais ils ne dédaignent pas, en passant, nous entretenir de société, politique, actualité, musique, cinéma, mode et même météo, s’il le faut. Ces clients sont particulièrement appréciés durant les longs soirs de semaine, quand la librairie est vide et qu’un peu de compagnie serait la bienvenue pour illuminer notre soirée.

Enfin, il y a les érudits naturels, ceux qui possèdent énormément de connaissances et qui, s’ils sentent un intérêt de notre part, n’hésitent pas à nous instruire sur divers sujets. Avec ceux-là, on peut apprendre plein de choses et, comme ils sont toujours polis et agréables, nous n’avons jamais l’impression d’être sous-estimés ou traités comme des incultes.

Que vous fassiez partie d’une ou l’autre de ces catégories ou que vous soyez simplement respectueux lorsque vous vous présentez dans notre petit univers, cela n’a pas d’importance: ce qui est important, c’est que vous êtes la raison pour laquelle notre travail vaut la peine d’être fait, et bien fait. Merci!

La librairie et le temps des fêtes (partie 2): retour à la maternelle!

Ne vous méprenez pas: j’aime le service à la clientèle. Oui oui, vous avez bien lu. J’adore conseiller les clients, leur offrir mon aide pour choisir un livre à leur goût, voir leur air ravi lorsqu’ils sont captivés par une histoire en particulier et qu’ils n’ont qu’une envie: rentrer chez eux pour commencer à lire (évidemment, j’exagère un peu, mais j’aime penser que c’est leur plan de match.) J’adore conseiller les adultes qui se cherchent un livre à apporter dans leurs bagages, les ados qui ont du temps pour lire pendant les vacances de Noël, les enfants timides (et d’autres moins) qui savent ce qu’ils aiment et veulent « d’autres livres comme *insérez ici le nom d’une série jeunesse populaire* ».

Ce que j’aime moins, c’est avoir affaire aux enfants de maternelle… âgés de 18 ans et (souvent) plus.

Durant les fêtes, les employés de commerces de détail deviennent comme des planètes: une multitude de satellites se mettent à graviter autour d’eux, les suivant partout à travers le magasin, ne les lâchant pas d’une semelle afin de ne pas perdre leur place dans la file désordonnée qui attend de l’aide. Malgré ce semblant d’ordre, ce semblant d’équilibre qui assure à tout le monde sa place dans un système à peu près civilisé, le chaos réussit à se faufiler.

Les satanés enfants de maternelle de 18 ans et (souvent) plus.

Pour eux, le terme « respect » semble perdre son sens dès qu’ils entrent dans un magasin un peu trop bondé. Le fait qu’il y ait déjà quinze personnes qui attendent pour parler au commis ne leur fait ni chaud, ni froid ; on peut même se demander s’ils ont remarqué les autres clients. D’ailleurs, ils n’hésitent pas à couper la parole au commis qui discute avec un autre client pour lui poser « juste une petite question » : ils ont toujours « juste une petite question ». Ils essaient par tous les moyens d’entrer dans le champ de vision du commis, malgré tous les efforts de ce dernier pour faire abstraction de leur présence ; ils vont même jusqu’à tirer sur le chandail du commis pour avoir son attention. Même les vrais enfants de maternelle (ceux qui auraient le droit d’agir comme ça) ne sont pas aussi irrespectueux en public.

Jamais un enfant ne m’a agrippée par le chandail pour avoir mon attention alors que je servais quelqu’un d’autre ; plusieurs adultes l’ont fait, au fil des ans. Et, sans surprise, c’était toujours durant le temps des fêtes, quand tout le monde était pressé, énervé et mis à rude épreuve.

Je sais que les fêtes peuvent être stressantes, que les magasins sont des endroits désagréables lorsque remplis de gens de la porte jusqu’au mur du fond… mais, de grâce, comprenez que tous les gens qui s’y trouvent ont le même objectif: choisir un cadeau pour ceux qu’ils aiment, tout cocher ce qui se trouve sur leur liste et quitter, le sourire aux lèvres et le cœur joyeux. Le temps des fêtes est un temps festif : en faisant preuve d’un minimum de respect envers les autres, on assure de la joie et de la bonne humeur au plus grand nombre possible.

Ceci étant dit, je vous souhaite à tous et toutes, en cette veille de nouvelle année 2015, une avalanche de bonheur, d’amour et de santé, parce que c’est ce dont nous avons tous vraiment besoin, tout le temps! Et à ceux qui travaillent dans des commerces de détail, je vous souhaite des clients du genre de ceux qui nous donnent envie de continuer à donner notre meilleur au travail… et le moins d’enfants de maternelle de 18 ans et (souvent) plus possible!

La librairie et le temps des fêtes (partie 1): « Un BON livre! »

En librairie, on vit le temps des fêtes de la même manière que tous les employés de commerces de détail : avec une surabondance de musique de Noël dans les oreilles et un manque d’espace pour se mouvoir dans les allées du magasin. Malgré tout, on passe du bon temps, parce qu’il est toujours plus plaisant de servir des clients et de les conseiller que de placer des livres sur les tablettes (enfin, à mon humble avis!) Malgré tout, j’ai eu envie aujourd’hui de vous faire part de ma bête noire de toujours en librairie, mais qui devient particulièrement vorace durant la période des fêtes: la quête d’un « bon » livre.

Mise en situation du scénario classique:

-Un Client (féminin ou masculin, le Client est parfois comme une race à part entière) se présente en magasin, à la recherche d’un cadeau pour sa nouvelle belle-mère/la fille adolescente en crise d’identité d’une connaissance/le collègue mystérieux qu’il a pigé pour le traditionnel échange au bureau/insérez ici la relation la plus loufoque possible qui puisse exister entre deux individus (ou juste une relation simple. Père, mère, frère, blonde, etc. C’est juste que mon exemple est plus frappant quand la situation n’est pas évidente.)

-Le Client, à qui je demande gentiment s’il a besoin d’aide, me dit que oui, il pourrait grandement bénéficier d’un coup de main, que je lui sauverais la vie si je l’aidais à trouver ce qu’il cherche. Jusque là, ça va.

-Vient ensuite le moment où je lui demande ce qu’il veut trouver, pour que je puisse l’aider adéquatement. Le moment où il me répond, l’air sérieux, sourcils froncés, en connaisseur: « Je cherche un BON livre. Vous auriez pas un BON livre à me suggérer? » (D’habitude, c’est le moment où je hurle dans ma tête et lutte contre une envie de m’écraser la main dans le front.)

-Afin d’éclaircir la situation un brin, je demande au Client quel genre de livre il recherche, exactement? Un roman, une biographie, un ouvrage technique? Du policier, de la science-fiction, de l’horreur, de l’humour, du drame, de l’historique? Généralement, c’est le moment où le Client fronce encore davantage les sourcils (si une telle chose est possible) et, après une seconde de réflexion, répond: « Ben… un BON livre là. Quelque chose que tout le monde aime, que les gens s’arrachent. Vous devez ben avoir ça, à quelque part? » (Là, c’est le moment où j’essaie vraiment très fort de ne pas laisser mon visage trahir mes envies de meurtre. Bon, je l’avoue, c’est un peu fort. Disons plutôt mes envies de lancer des livres dans les airs. Vers quelqu’un.)

-En parfait contrôle, je confirme avec le client qu’il s’agit bien d’un cadeau pour sa nouvelle belle-mère/la fille adolescente en crise d’identité d’une connaissance/le collègue mystérieux qu’il a pigé pour le traditionnel échange au bureau. Je lui demande alors quels sont les goûts de la personne en question? Qu’est-ce qu’elle aime lire, d’habitude? Est-ce qu’il y a des genres qu’elle déteste? Et le Client de me répondre, après un nouvel effort de réflexion : « Ben…je sais pas, je la connais pas vraiment. C’est pour ça que je vous dis qu’avec un BON livre, je suis certain de pas me tromper! » (Là, d’habitude, c’est le moment où j’abdique, j’entraîne le client vers les présentoirs à l’avant du magasin et leur propose quelques uns des gros vendeurs, peu importe le genre, peu importe le sujet, en m’efforçant de demeurer joviale et souriante. À l’intérieur, la lectrice/littéraire/auteure en moi boude comme un gros bébé, ou pète une crise. Ça dépend de mon humeur de la journée.)

-Le Client, après avoir écouté à demi mes descriptions des différents livres, s’empare du premier dont la couverture lui semble attrayante, le premier « qui a l’air BON », puis se dirige vers les caisses, tout sourire, après m’avoir remerciée. (Là, une fois que le Client est parti, c’est le moment où je soupire. Un gros, gros soupir.)

Le Client est reparti heureux, il a eu ce qu’il voulait et c’est tant mieux! Alors pourquoi ça m’agace? Parce qu’un BON livre universel, ça n’existe pas. Qu’on s’entende là-dessus: oui, il y a des livres dont la qualité littéraire est supérieure à d’autres. Oui, il y a des livres dont le récit est mieux ficelé, l’intrigue mieux menée, les personnages mieux développés que dans d’autres ouvrages. Oui, il y a des œuvres canoniques, des classiques dans chaque genre, chaque courant littéraire. Oui, il y a des livres (souvent des séries) qui vont beaucoup mieux se vendre que d’autres, parce que le contenu semble en général rejoindre beaucoup de gens et que les critiques sont la plupart du temps positives. Mais qu’on s’entende aussi là-dessus: AUCUN livre ne fera l’unanimité. AUCUN livre n’est garanti de plaire à tous les lecteurs. Ce qui est bon, merveilleux, extraordinaire pour moi ne le sera peut-être pas du tout pour vous. Ou peut-être qu’il le sera un peu. Ou peut-être qu’il sera aussi formidable qu’il l’a été pour moi et que vous en serez ravi!

Les goûts de lecture, comme tous les autres types de goûts dans la vie, sont subjectifs. Alors un petit conseil, si vous souhaitez réellement faire plaisir à quelqu’un en lui offrant un livre : informez-vous un minimum de ses intérêts et de ses préférences. Parce qu’une belle intention doublée d’un cadeau qui plaît, c’est toujours gagnant!

Anecdotes de Salon (du livre)…

En fin de semaine dernière avait lieu l’édition 2014 du Salon du livre de l’Estrie et j’y étais avec mes collègues Archambault-esques pour travailler ; l’expérience a été absolument géniale.

Un Salon du livre, c’est un événement formidable pour:

-Les auteurs, qui peuvent rencontrer leurs lecteurs, revoir des vieux « amis de Salons », partager leur passion avec tout le monde et, bien sûr, faire la promotion de leurs livres (mais ça, avec la passion, ça se fait quasiment tout seul) ;

-Les éditeurs, qui peuvent présenter au public les auteurs qu’ils ont pris sous leur aile, ainsi qu’un large éventail d’ouvrages édités par leurs soins;

-Les lecteurs, qui peuvent rencontrer leurs auteurs préférés, en découvrir de nouveaux (rajoutant ainsi des titres à leur liste déjà beaucoup trop longue de livres à lire…) et passer un bon moment en famille ou entre amis, à baigner dans l’univers du livre.

Moi, c’était mon troisième salon (à vie, je crois bien.) Le premier, c’était à Québec en 2012, pour signer lors de la parution de ma première nouvelle dans Alibis (inutile de vous préciser que je ne tenais plus en place: avoir la chance d’être véritablement considérée comme une écrivaine, pouvoir rencontrer des gens du milieu… c’était excitant. Après ça, j’ai su que je voulais y retourner, parce que je sentais que je pourrais y être à ma place!) Le deuxième, c’était aussi en Estrie, en 2013, pour travailler au kiosque Archambault pour le livre numérique (encore là, l’expérience s’est avérée très agréable et m’a permis de revoir avec plaisir des auteurs que j’avais appris à connaître personnellement entre-temps!) Cette année, j’ai revu des amis du milieu avec qui j’ai pu discuter écriture et projets futurs, ce qui m’a donné un bel élan pour mener à terme plusieurs de mes nouvelles en cours. Mais ce n’est pas tout…

Oui, je vous ai décrit ce qui était bien dans un Salon du livre. Oui, chacun y vit une expérience unique et complètement différente de celle des autres. Mais pour moi, le Salon du livre 2014, c’était aussi:

-Discuter d’horoscope (et ce n’était pas pour en faire la promotion…) avec Ghislain Taschereau;

-Voir des photos d’archives de victimes de Jack l’Éventreur sur le cellulaire d’Hervé Gagnon;

-Faire la promotion des bijoux Miss Cocotte (ce n’était absolument pas prémédité!) auprès de Pascale Wilhelmy;

-M’improviser garde du corps/assistante personnelle de Geronimo Stilton;

-Voir une lectrice émue annoncer à Mylène Gilbert-Dumas que sa vie a été changée grâce à elle;

-Rôder au kiosque des Six Brumes pour aller plaisanter avec toute l’équipe (toujours aussi sympathique!);

-Discuter couvertures de livres, marketing et édition avec Elisabeth Tremblay;

-Revoir avec plaisir plusieurs visages connus, rencontrer de nouveaux auteurs et rire un bon coup!

Voilà… c’est ce qui résume grossièrement mon passage au Salon du livre de l’Estrie 2014. Un immense merci à tous les auteurs (que je connaissais déjà ou pas) qui ont pris un peu de leur temps pour parler avec moi, me donner des conseils et me partager des anecdotes d’écriture ; c’est la passion de gens comme vous qui rend le milieu accueillant et qui me donne envie de m’y impliquer encore plus. Au plaisir!

Lisez, mes amis, lisez!

Pour moi, la lecture est (ex aequo avec l’écriture!) le plus beau passe-temps qui puisse exister. Je trouve que lire est merveilleux pour plusieurs raisons et j’ai envie de vous faire part de mes observations aujourd’hui:

1. La lecture permet une évasion hors du quotidien, ce qui est, avouons-le, plutôt salutaire dans un monde comme le nôtre, où nous sommes souvent submergés par nos tâches, nos devoirs et nos responsabilités (qui, eux, n’ont rien de romanesque…!)

2. Lire nous donne accès à la connaissance et nous fait découvrir de nouvelles choses, sur le monde (dans le cas d’ouvrages théoriques, pratiques ou informatifs), mais aussi sur nous-mêmes (et je ne parle pas seulement de lire des ouvrages de psychologie ou de croissance personnelle… La lecture d’un roman peut aussi nous permettre d’apprendre beaucoup sur ce que nous aimons, ce qui nous fait réagir, ce qui nous émeut ou ce qui nous dégoûte, par exemple!)

3. Plonger dans un livre peut nous faire vivre une panoplie d’émotions. Juste pour ça, ça en vaut largement la peine.

4. Lire peut rendre accro ; c’est presque une drogue. Sauf que celle-là, elle ne risque pas d’abîmer nos neurones!

5. C’est un passe-temps qui ne s’épuisera jamais… parce que nous aurons toujours de nouveaux livres à lire. C’est à la fois la beauté de la lecture et sa fatalité: on devra forcément faire des choix et il restera sans doute toujours des trésors que nous ne pourrons jamais découvrir…

6. Dans une vie, on va lire des ouvrages épouvantablement mauvais, qui vont tellement nous décourager qu’on va devoir se retenir de ne pas en parler constamment à tous nos proches… et d’autres qui vont tellement nous enthousiasmer qu’on va devoir se retenir de ne pas en parler constamment à tous nos proches! Pour les passionnés, la lecture, c’est quasiment un mode de vie.

7. Dans la lecture comme dans la vie, il y en a pour tous les goûts… alors vous n’avez plus aucune excuse.

Ceci étant dit, lisez, mes amis, lisez! Vous verrez, ça risque de vous apporter plus que vous ne le pensez…

Les détonateurs

L’autre jour, alors que je discutais de littérature avec l’une de mes grandes amies (et avec beaucoup trop d’enthousiasme, comme d’habitude!), j’ai vraiment réalisé pourquoi je veux toujours lire davantage.

Dans la vie, il y a autant de lecteurs qu’il y a de personnalités différentes, mais d’après mes observations et ce qu’on en a déjà dit, je pense qu’on peut regrouper plus grossièrement les gens qui lisent en deux catégories: ceux qui lisent pour se divertir… et ceux qui lisent pour être remués.

Pour être remués, ébranlés, choqués, émus, bouleversés, perturbés, touchés, déstabilisés… (maintenant, vous commencez à deviner à quel type j’appartiens, n’est-ce pas?)

Évidemment, il m’arrive de lire uniquement pour le plaisir, dans le but de me changer les idées, de m’amuser ou juste de décrocher du quotidien, et c’est très bien comme ça ; mais pour que je puisse me souvenir d’un livre, pour qu’il puisse figurer dans mon palmarès de lectures préférées, il est essentiel qu’un élément, quelque part à travers les pages, ait provoqué une réaction particulière chez moi. Une petite bombe littéraire, en somme. Peu importe que j’aie été dégoûtée par le réalisme d’une scène, transportée par la beauté de l’écriture, choquée par une fin inattendue ou attristée par la simple mort d’un personnage aimé… Ce qui compte, c’est que le livre ait pu me faire vivre une expérience unique.

Bon, je sais, nourrir de telles attentes fait en sorte que je deviens de plus en plus difficile, de plus en plus exigeante face à la qualité des récits que je lis… mais je pense que ça en vaut totalement la peine, parce que les livres sont remplis de petits détonateurs, qui n’attendent que la bonne personne pour se déclencher et provoquer de petites révolutions intérieures…!

Et vous, pourquoi lisez-vous?

Le travail de l’auteur, la frénésie du lecteur et le soupir du libraire

Du côté de la « vie littéraire », je me sens particulièrement choyée: en plus d’être une lectrice vorace et une auteure en pleine évolution, je suis depuis maintenant trois ans une libraire aguerrie, ce qui me donne l’opportunité de voir simultanément plusieurs facettes du monde littéraire québécois.

Comme plusieurs de mes collègues (ne mentez pas, je sais ce que vous pensez!), je ne peux m’empêcher d’être amusée (ou consternée, dépendant de la situation) lorsqu’un client, quelques jours après la sortie du tome X d’une série Y, me demande quand paraîtra le tome suivant! La plupart du temps, c’est amusant: le client se met à rire, reconnaît qu’il est un peu vite en affaires et qu’il est tellement passionné par la série Y qu’il en oublie le gros bon sens. Pour moi, la consternation apparaît quand, après avoir expliqué au client qu’il a lu bien vite et que l’auteur a besoin de temps pour écrire le prochain tome, ledit client se met à ronchonner et me balance une réplique savoureuse du genre: « Coudonc, j’peux pas croire que c’est si long que ça à écrire, un livre de même! » (Oui, je vous jure, on me l’a déjà servie plusieurs fois.)

Mais non. Évidemment. Un livre, ça s’écrit sur le coin d’une table, ça prend quelques jours, tout au plus quelques semaines, et pouf! Il est prêt, imprimé, distribué, vendu. Tout le monde sait ça…

Bon, blague à part, j’avoue que comme lectrice, je me laisse souvent prendre au jeu. À l’instar des clients passionnés qui me réclament aussitôt la suite de leur série bien-aimée, je peux parfois oublier la raison pour laquelle l’attente est nécessaire… mais comme auteure, c’est une autre histoire.

Récemment, j’ai commencé à réfléchir à l’importance que je souhaite donner à l’écriture dans ma vie. La réponse a surgi assez rapidement: je veux lui donner la place qui lui revient, c’est-à-dire une place de choix. Depuis des années, je vois les auteurs qui publient, participent à des salons du livre, rencontrent les lecteurs, discutent de leur passion, s’impliquent dans des collaborations et des projets de grande envergure… et chaque fois, je me dis: « Je veux faire partie de ce monde, moi aussi. J’ai envie de connaître ces gens, de partager leur engouement pour la littérature, de faire entendre ma voix! » Et je continue d’écrire, petit à petit, à travers la routine et le quotidien, mais sans plus. Et je rêve. Et j’aspire à plus, éventuellement.

C’est bête, mais ce n’est que tout récemment que j’ai fini par comprendre, en regardant la situation à travers mes yeux de libraire, que pour être lue et publiée, encore faut-il que je prenne le temps de m’asseoir et d’écrire. Et que si je veux que ça se produise, vaudrait mieux m’y mettre maintenant. Parce que ça en prend, du temps. Du travail. De la patience. De l’écriture, de la lecture, de la réécriture et de la relecture. Et on recommence.

Maintenant, quand vous lirez un roman, un essai ou un ouvrage de quelque nature que ce soit, pensez-y: l’auteur a sans doute consacré des jours, que dis-je, sans doute des mois et peut-être même des années à son travail, avant d’être en mesure de vous offrir ce bon moment de lecture… Ça inspire le respect, ne trouvez-vous pas? Ça peut vous sembler évident, mais mon expérience m’a prouvé que ça ne l’est pas pour tout le monde. Sur ce, moi, je retourne écrire…