Ce que la librairie m’aura appris…

Ceux qui me connaissent savent maintenant que j’ai quitté mon poste de libraire, après quatre belles années passées à côtoyer d’autres passionnés de littérature et à promouvoir la lecture auprès d’une vaste clientèle. Partir maintenant me fait un pincement au cœur, parce que j’aime énormément mes collègues et que ma passion pour les livres ne fait que croître de jour en jour ; malgré tout, il me fallait partir, principalement afin de m’accorder plus de temps pour terminer mon mémoire de maîtrise, mais aussi dans le but de me consacrer davantage à l’écriture, cette autre passion qui m’habite profondément.

Je me rappelle lorsque je suis entrée en poste, en juillet 2011: je possédais de bonnes connaissances littéraires, principalement concernant livres et auteurs classiques étudiés durant mon bacc et littératures de l’imaginaire lues pour le plaisir, mais aussi à propos d’auteurs et de titres de psycho-pop et de spiritualité, que j’avais vu traîner un peu partout à la maison.

Enfin, je pensais que je possédais de bonnes connaissances littéraires. Plus que le commun des mortels? Sans le moindre doute! Assez pour me débrouiller en librairie sans le secours d’un ordinateur? C’était une autre histoire…

Rapidement, j’ai réalisé que je connaissais bien peu d’auteurs, bien peu de titres. Et que ma mémoire pouvait stocker infiniment plus d’informations littéraires que je ne le pensais. Avec le temps, je suis devenu un vrai catalogue de librairie. Auteurs, titres, séries, collections, maisons d’édition, distributeurs, catégories, sous-genres, sections de classement: j’étais à l’aise comme un poisson dans l’eau, et ma mémoire me faisait rarement défaut.

Rien à voir avec mes premières semaines, mes premiers mois, où le fait que j’avais énormément à apprendre était assez évident.

Quatre ans plus tard, en prenant la porte de sortie, j’ai la tête pleine de toutes ces précieuses informations… mais je sais que si je ne les cultive pas, je vais finir par les oublier. C’est à force de classer, chercher et sélectionner les livres qu’on parvient à garder le catalogue frais en mémoire ; je vais sans doute en reperdre beaucoup au fil du temps, et c’est bien dommage.

Cependant, il y a des leçons que la librairie m’a enseignées que je n’oublierai jamais, parce qu’elles se sont présentées sous forme d’expériences, parce que je les ai vécues.

1. La lecture est un acte infiniment solitaire…

Je l’ai souvent dit et le dirai encore autant, les goûts littéraires sont aussi subjectifs que les goûts vestimentaires ou alimentaires. Ce sont des goûts personnels. Ce qui plaît à l’un ne plaira pas forcément à l’autre ; difficile de conseiller efficacement quelqu’un quand on n’a pas accès à son univers intérieur, celui qui influence et oriente ses choix. Devant le livre, au final, l’individu est seul. Il n’en tient qu’à lui de décider s’il veut le lire ou pas.

2. … et une activité sociale incroyable.

Étrange paradoxe qu’un passe-temps aussi solitaire puisse rassembler autant de gens sous une même bannière! Au fil des ans, j’ai vécu des moments mémorables avec des collègues et des clients, où l’amour ou le dédain d’un même livre suffisait à nous unir, à nous rapprocher les uns des autres, le temps d’une discussion. Toutes les passions sont fortes ; celle de la littérature ne fait pas exception.

3. Au fond, quand ils demandent conseil, les gens savent très précisément ce qu’ils cherchent, mais ne le diront pas toujours.

Sauf exceptions (et il s’agit là de gens très ouverts d’esprit et prêts à découvrir quelque chose d’entièrement différent), les gens ne veulent pas réellement se faire conseiller dans le choix d’une nouvelle lecture : ils recherchent une confirmation que le choix du genre, de l’auteur ou du livre qu’ils ont en tête est « le bon ». On le découvre quand le client décline tour à tour toutes les propositions qu’on lui fait, et s’oriente vers quelque chose qu’il avait  choisi dès le départ…

4. Les apparences ont encore et toujours de l’importance.

On dira ce qu’on voudra, mais pour la majorité des gens, « ne pas juger un livre par sa couverture » est plus facile à dire qu’à faire. Un design peu inspirant, une illustration terne ou un format banal sont encore d’excellentes façons de faire fuir le lecteur, qui ne se donnera même pas la peine de lire la quatrième de couverture. Et pourtant…

5. L’instinct demeure la meilleure façon de choisir une lecture.

C’est ce que j’ai conseillé aux clients durant quatre ans, et ce serait mon dernier conseil: si vous êtes attirés par un livre, essayez-le. Les raisons qui motivent votre intérêt importent peu.

Essayez-le, c’est tout.

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Boréal, un peu (beaucoup) en retard

En mai dernier (je suis un peu beaucoup en retard dans les nouvelles, je sais…), j’ai eu la chance de participer pour la toute première fois au Congrès Boréal, un événement annuel où se rassemblent les auteurs, éditeurs, distributeurs, illustrateurs et amateurs de littératures de l’imaginaire (i.e fantastique, science-fiction, fantasy, horreur, noir, etc.)

J’ai entendu parler de Boréal il y a quelques années, dès ma toute première incursion dans le domaine littéraire en tant qu’auteure. Mes nouveaux amis écrivains l’évoquaient avec enthousiasme, quand il ne m’encourageaient pas carrément à venir moi-même y faire un tour! Évidemment, lors de la première année, j’étais un peu mal à l’aise à cette idée : me retrouver seule dans un congrès où je connais peu de gens, avec l’impression de me retrouver au beau milieu d’une joyeuse réunion de famille où tout le monde se retrouve avec plaisir, non merci! Un jour, peut-être, je me disais.

Et puis les mois ont passé, j’ai assisté à d’autres événements, d’autres Salons du livre ; j’ai rencontré d’autres auteurs, développé d’autres amitiés dans ce domaine, assez pour commencer à m’y sentir réellement à l’aise. Cette année, quand j’ai su que j’étais disponible pour aller faire un tour au Congrès, je n’ai pas hésité: je tenais à y aller.

Je ne l’ai pas du tout regretté: non seulement j’y ai retrouvé avec plaisir mes amis écrivains habitués de l’événement, mais j’ai également fraternisé avec des auteurs dont j’aimais les récits, j’ai découvert des auteurs qui m’étaient inconnus et j’ai discuté avec plusieurs d’entre eux de sujets captivants. Parce que nous étions tous là pour partager notre amour des littératures de l’imaginaire, il y avait une belle énergie dans la place et je l’ai très bien sentie! C’était un réel plaisir pour moi que de discuter de ce qui me passionnait le plus avec des gens qui appartenaient au même monde, qui baignaient dans les mêmes eaux.

Une fois de plus, cette journée passée à Boréal m’a confirmé à quel point ce milieu est inclusif, constitué de personnalités chaleureuses et accueillantes ; dès mon arrivée, j’ai pu me joindre à des discussions, aller dîner avec des auteurs que je connaissais et d’autres moins, sans jamais sentir que j’étais de trop, que je dérangeais. Les littératures de l’imaginaire au Québec sont regroupées autour de quelques bannières et le milieu est restreint, mais je pense que dans ce cas-ci, c’est une bonne chose: cela permet de créer une atmosphère presque familiale, dans laquelle tout le monde se sent bien.

Après avoir assisté à quelques tables rondes et avoir atteint mon quota de discussions stimulantes, j’ai quitté Boréal avec le sourire aux lèvres et la tête remplie d’idées pour avancer mes projets. Portée par une telle vague d’inspiration, je suis retournée me mettre au travail… en attendant le congrès de l’an prochain!

Sensible sensibilité

Je suis une personne sensible, l’ai toujours été. Tout, je dis bien tout mon être est d’une grande sensibilité : mes yeux à l’air trop sec, ma peau au soleil trop fort et aux produits parfumés, mon petit cœur au bien-être de ceux que j’aime, mon âme à la beauté des instants capturés au hasard de mon quotidien. Je crois même déjà avoir interprété, lors d’une pièce de théâtre au Petit monde des artistes, un personnage nommé « Sensibilité »: si mes souvenirs sont exacts, on a dû refaire mon maquillage tout blanc avant la représentation, car j’avais pleuré à quelques minutes de mon entrée sur scène…

Jusqu’à tout récemment, je disais aux gens que je me percevais comme une éponge, absorbant et gardant en « mémoire » tout ce qui se passait autour de moi. Pour une artiste, il s’agit là d’un précieux cadeau: ma directrice de maîtrise me l’avait bien fait comprendre, l’année dernière, en insistant sur le fait que sans cette puissante faculté, je ne serais pas devenue celle que je suis aujourd’hui. Bien que je sois entièrement d’accord avec de tels propos, je constate aussi que cette faculté devient parfois bien lourde à porter, car une éponge ne choisit pas ce qu’elle absorbe: elle prend tout, le bon comme le mauvais, et l’accumulation crée souvent un poids douloureux. Il s’agit là d’un cadeau qui, par moments, semble empoisonné…

Puis, un jour, une psychologue que je consultais m’a invitée à me percevoir autrement. Plutôt que d’imaginer ma sensibilité à l’image d’une éponge, elle m’encourageait à l’envisager comme étant une plage. Ainsi, elle m’incitait à percevoir les émotions, les événements du quotidien, l’inspiration, la vie des autres et la mienne, les joies et les fatalités comme autant de vagues venant mouiller mes rivages. Mais, comme une plage, elle me conseillait de laisser venir les vagues… et de les laisser repartir, sans devoir porter leur poids sur mon sable. Garder ce que je veux, me laisser modeler par ce qui est nécessaire, important, et laisser ce qui pourrait me peser retourner dans les eaux du monde.

J’ai trouvé le conseil très pertinent, en plus d’être fort lyrique (comment ne pas aimer?) ; c’est pourquoi je tenais à le partager avec vous. Alors si, comme moi, votre sensibilité vous est précieuse pour créer et aimer, mais qu’elle nuit parfois à votre quotidien et à vos relations avec le monde… Devenez une plage. Laissez les vagues vous effleurer, acceptez-les et permettez aux choses de suivre leur cours.

Devenez une plage. C’est plus poétique qu’une éponge, de toute façon…

Message bref du printemps, juste en passant

Le printemps arrive avec son renouveau, son soleil éclatant (enfin!), son lot de changements et je dois, à regrets, admettre que je suis tellement occupée ces derniers temps qu’il m’est impossible de poster un nouvel article à chaque semaine!

Malgré tout, l’écriture occupe une très grande partie de mon temps: je travaille sur le recueil de nouvelles qui constituera la partie création de mon mémoire de maîtrise (il ne m’en reste plus que deux à terminer), je suis en pleine écriture d’une (éventuelle) trilogie de fantasy, je modifie et améliore certaines de mes nouvelles avant de les envoyer à diverses revues littéraires…

…Et j’écris des articles pour le blogue Le fil rouge, environ trois par mois! Pour ceux qui me suivent via les réseaux sociaux, vous êtes déjà au courant de mes publications régulières sur ce site. Pour les autres, je vous invite à visiter régulièrement l’onglet « Articles » de mon blogue ; vous y trouverez les liens de tous mes autres articles, mis à jour au fur et à mesure qu’ils sont publiés!

Voilà! Encore une fois, je vous remercie de me suivre et de m’encourager jour après jour, ça me fait chaud au cœur de savoir que vous me lisez et que mes mots ne sont pas écrits en vain! Très bientôt, je devrais publier ici de nouveaux articles, de nouvelles critiques littéraires… C’est à suivre!

J’aime, j’aime beaucoup: « 6, chalet des brumes », Collectif

6, CHALET DES BRUMES (COLLECTIF)

6 Chalet Des Brumes

Éditeur: Les Six Brumes

Date de parution: Octobre 2014

Nombre de pages: 258 p.

ISBN: 9782923864297

Résumé/Extrait:

Survivrez-vous à vos vacances au 6, chalet des brumes?

Une situation, six choix qui vous mèneront dans les méandres du FANTASTIQUE, de la FANTASY, de la SCIENCE-FICTION, de l’HORREUR, du POLICIER et de l’INCONNU.

Replongez-vous dans l’univers des Livres dont vous êtes le héros à travers l’imaginaire de six auteurs chevronnés : Geneviève BLOUIN, Dave CÔTÉ, Luc DAGENAIS, Ariane GÉLINAS, Isabelle LAUZON et Jonathan REYNOLDS.

Hommage littéraire à ces univers fantaisistes qui ont fasciné de nombreux lecteurs des années 1980 à 2000, 6, chalet des brumes vous propose des défis aussi variés qu’inquiétants : moines mort-vivants, tueurs fous, anciens prisonniers, divinités lubriques, touristes galactiques et hallucinations meurtrières feront tout pour vous faire passer de vie à trépas.
Oserez-vous relever le défi? (Résumé tiré du site de la maison d’édition Les Six Brumes)

Pourquoi je l’aime :

J’ai toujours aimé les livres « dont vous êtes le héros ». Que ce soit ceux de Gallimard, ceux de la collection Passepeur ou encore ceux de la défunte série Chair de Poule Extra, j’aimais le concept de pouvoir choisir le destin du personnage principal, sans jamais pouvoir anticiper à l’avance ce que chacun de mes choix me réserverait… Eh bien, si j’aime 6, chalet des brumes, c’est exactement pour les mêmes raisons! Sauf que là, en prime, il s’agit d’un ouvrage collectif, entièrement écrit et édité au Québec! Que demander de plus?

Plus sérieusement, j’ai d’abord acheté l’ouvrage pour le concept, oui, mais aussi car je connais quelques-uns des auteurs qui ont participé à son élaboration. Je voulais ainsi encourager le travail de gens que j’admire… et franchement, je n’ai pas du tout été déçue!

L’histoire commence par une situation assez banale : le protagoniste (c’est-à-dire vous) se retrouve en vacances dans un chalet qu’il a loué. À peine est-il installé qu’un voisin vient frapper à sa porte pour le convier à un souper où seront présents tous les autres campeurs. Le personnage arrive donc ici à sa première croisée des chemins, celle qui permettra de définir dans quelle trame narrative il poursuivra ses vacances, parmi les six proposées.

Ce qui est sympathique avec ce livre, c’est que les histoires, bien qu’elles fassent toutes partie des littératures de l’imaginaire, ne sont pas du même genre : on y retrouve une trame fantastique, une policière, une d’horreur, une de science-fiction, une de fantasy et une d’un genre inconnu (et absurde, ce qui n’est pas peu dire!) Pas de chicane ici : il y en a clairement pour tous les goûts.

Avec Jonathan Reynolds et sa trame d’horreur, on plonge dans une histoire qui me rappelait certains « dont vous êtes le héros » que j’avais lus autrefois, avec juste ce qu’il faut de suspense pour nous faire douter de chacun de nos choix et nous donner envie de découvrir ce qui se cache dans le fameux sous-sol de ce voisin louche…

Dans la trame fantastique d’Ariane Gélinas, j’ai retrouvé avec bonheur le principe des longues quêtes mystérieuses où l’on doit récupérer divers objets afin de réussir à compléter avec succès l’aventure, tout en déjouant les périls qui se dressent sur notre chemin… avec, en prime, la plume bien particulière d’Ariane, dont j’ai déjà fait l’éloge ici-même.

Du côté du récit de fantasy d’Isabelle Lauzon, auteure que je connaissais mais que je lisais pour la toute première fois, j’ai découvert une belle plume d’une grande efficacité, qui nous entraîne dans un autre univers pour y faire la rencontre de divinités lubriques, le tout dans une histoire aux accents mythologiques… Inutile de spécifier que j’ai beaucoup aimé la combinaison qui en a résulté!

Dans la trame policière, écrite par Geneviève Blouin, le lecteur est convié à participer à une enquête pour retrouver et protéger, sur le camping, un collaborateur de la mafia dont la tête a été mise à prix. Mais qui, parmi tous les drôles de spécimens présents sur les lieux, est notre homme? Et surtout… qui est le tueur à gages qui le guette?  Le ton, humoristique sans jamais tomber dans le ridicule, m’a beaucoup plu et rendait la lecture très agréable.

En ce qui concerne le récit de science-fiction de Luc Dagenais, il nous met dans la peau d’un écrivain de space opera assez imbu de lui-même, qui fait une improbable rencontre du genre « quatrième type ». Moi qui ne suis pas une grande fan de sci-fi, j’ai apprécié ma lecture, principalement en raison du ton humoristique léger et de la manière dont l’auteur a développé les personnages « venus d’ailleurs »…

Enfin, pour le récit de Dave Côté, celui classé inconnu/absurde, je ne nourrissais pas vraiment d’attentes ; il faut dire que bien que je puisse apprécier l’absurdité dans certains contextes, je n’étais pas convaincue que cela aurait sa place dans un livre du genre. J’ai eu tort. Ce récit m’a fait sourire comme une idiote et même rire aux larmes, principalement en raison des nombreuses finales rocambolesques, toutes plus savoureuses et ridicules les unes que les autres. Un vrai petit délice de lecture!

Finalement, si vous avez l’occasion de mettre la main sur ce petit ouvrage en librairie et que vous avez envie de renouer avec les livres « dont vous êtes le héros » (ou même de les découvrir pour la première fois, pourquoi pas)… n’hésitez plus!

À lire aussi (du même auteur): Comme l’objet de mon article est une œuvre collective, je ne vous recommanderai pas d’ouvrages de chaque auteur, pour la simple et bonne raison que je n’en ai pas lu suffisamment! Cependant, je vous encourage très fortement à explorer le catalogue de la maison Les Six Brumes, cette dernière faisant la promotion des littératures de l’imaginaire d’ici : vous y ferez sans doute de belles découvertes!

Hommage aux bons clients

Je dois me rendre à l’évidence: plusieurs fois, sur ce blogue, j’ai laissé parler mon exaspération face à certains types de clients (entre autres ici et ici.) Cependant, je n’ai jamais mentionné clairement mon appréciation des clients qui, en plus de savoir se comporter en société comme n’importe quel être humain civilisé le devrait, savent se montrer agréables et constituent, à eux seuls, une importante motivation pour les libraires que nous sommes. Voici donc mon hommage aux bons clients, ceux dont on ne parle jamais assez souvent.

Il y a les courtois, ceux qui se présentent poliment, posent leur question de façon très claire et, peu importe s’ils ont réussi à récupérer leur livre ou non, vont quitter en souriant et en nous remerciant de notre aide.

Il y a les reconnaissants, ceux qui sont ravis de bénéficier de nos conseils et qui considèrent chaque petit geste de courtoisie comme une énorme faveur. Généralement, ceux-là s’imaginent que notre dévouement habituel est un véritable cadeau et ils ne manquent pas de nous remercier chaleureusement, comme si on venait d’accomplir pour eux quelque chose de formidable.

Il y a les humoristes, ceux qui plaisantent avec nous dès le premier échange de paroles et dont la bonne humeur semble impossible à dissiper. La plupart du temps, on se retrouve à plusieurs pour les aider et les recherches se font dans la joie et la bonne humeur; on s’amuse un peu, avant qu’ils ne quittent en promettant de revenir, parce que « c’était ben plaisant ».

Il y a les passionnés, ceux qui dévorent les livres et qui se plaisent à venir partager avec nous leur amour de la littérature. Avec ceux-là, on ne s’ennuie jamais: ils sont enthousiastes, leurs yeux brillent et ils finissent par nous parler avec tant d’énergie de leurs coups de cœur qu’on a envie de les acheter, nous aussi.

Il y a les curieux, ceux qui font preuve d’une grande ouverture d’esprit et qui sont prêts à essayer à peu près n’importe quoi, à condition que notre propre passion pour les livres suggérés soit palpable. Ils sont toujours emballés par leurs nouvelles acquisitions et ont hâte de retourner à la maison pour commencer à lire, non sans nous avoir d’abord remerciés chaleureusement.

Il y a les placoteux, ceux qui en ont toujours long à dire sur une panoplie de sujets. Ils viennent peut-être chercher le dernier livre de cuisine à la mode, mais ils ne dédaignent pas, en passant, nous entretenir de société, politique, actualité, musique, cinéma, mode et même météo, s’il le faut. Ces clients sont particulièrement appréciés durant les longs soirs de semaine, quand la librairie est vide et qu’un peu de compagnie serait la bienvenue pour illuminer notre soirée.

Enfin, il y a les érudits naturels, ceux qui possèdent énormément de connaissances et qui, s’ils sentent un intérêt de notre part, n’hésitent pas à nous instruire sur divers sujets. Avec ceux-là, on peut apprendre plein de choses et, comme ils sont toujours polis et agréables, nous n’avons jamais l’impression d’être sous-estimés ou traités comme des incultes.

Que vous fassiez partie d’une ou l’autre de ces catégories ou que vous soyez simplement respectueux lorsque vous vous présentez dans notre petit univers, cela n’a pas d’importance: ce qui est important, c’est que vous êtes la raison pour laquelle notre travail vaut la peine d’être fait, et bien fait. Merci!

J’aime, j’aime beaucoup : spécial « parce qu’on voit des cœurs partout… »

Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas très « Saint-Valentin ». Ce n’est pas une fête que je trouve particulièrement importante à souligner, étant donné que pour moi, l’amour et l’amitié se célèbrent en tout temps, toute l’année (je sais que c’est cliché, mais je sais que je ne suis pas la seule à voir la chose ainsi!) Malgré tout, parce qu’on voit des cœurs en papier partout (et du chocolat, mais ça, c’est toujours bon!), j’ai décidé d’écrire un petit article de suggestions littéraires à thématique « Amour et désir » (parce que, pourquoi pas.)

Ceux qui me connaissent savent aussi que je ne suis pas particulièrement fan de romans d’amour « conventionnels », c’est-à-dire que pour moi, une histoire d’amour ne suffit absolument pas pour me donner envie d’acheter un livre (je sais, je suis une grande romantique. Ha, ha, ha.) Alors vous aurez dans ma liste des romans d’amour ou érotiques, oui, mais aussi des romans qui m’ont plu et dans lesquels une histoire d’amour valait la peine d’être soulignée.

SOIE
Alessandro Baricco

Éditions Gallimard (Folio)
144 p.
SoieCe magnifique petit roman qui se lit d’une traite raconte une merveilleuse histoire d’amour impossible entre un marchand de vers à soie et la jeune maîtresse d’un seigneur japonais, qu’il côtoie lors de ses voyages en terre nippone. C’est l’histoire de cette liaison, oui, mais aussi celle d’un homme et de sa femme, de leur relation malgré la distance, malgré la guerre, malgré les aléas de la vie.  Je dois avouer que ce roman contient certaines des scènes d’amour les plus émouvantes qu’il m’ait été donné de lire, scènes subtiles et pleines de sous-entendus, dans un style épuré et d’une grande finesse. Un petit chef-d’œuvre, à savourer.

LES LIAISONS DANGEREUSES
Pierre Ambroise François Choderlos de Laclos
Éditions Gallimard (Folio)
512 p.

Les liaisons dangereusesClassique de la littérature du XVIIIe siècle, ce roman épistolaire nous présente, sous forme de correspondances entrecroisées, les liaisons parfois touchantes, souvent tordues, de plusieurs personnages appartenant à la noblesse française. Les deux principaux protagonistes, le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil, sont de véritables manipulateurs qui semblent se livrer une chaude lutte de libertinage, se partageant leurs exploits respectifs par écrit et se lançant des défis les plongeant toujours davantage dans la débauche…tout en entraînant plusieurs innocents avec eux. D’ordinaire, je n’affectionne pas particulièrement les romans épistolaires, mais celui-là m’a énormément plu: la « plume » des personnages est élégante, leurs sentiments sont intenses et l’ironie mordante de certaines répliques avait tout pour me faire sourire. À découvrir, si vous avez envie d’explorer l’univers des libertins du siècle des Lumières. (Et si vous n’avez pas envie de lire, le film de 1988 était assez captivant aussi, avec son impressionnante distribution!)

LES INFORTUNES DE LA BELLE AU BOIS DORMANT (3 tomes)
Anne Rice

Éditions Michel Lafon
304 p.
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Pour moi, cette trilogie est une bonne alternative à considérer pour ceux qui veulent lire de la littérature érotique, mais qui considèrent les romans à la mode en ce moment comme étant trop « softs » ou trop mal écrits (non, je ne nommerai ici aucune trilogie érotique en particulier… même si tout le monde sait de quoi je parle.) Dans cette série, la plume d’Anne Rice nous plonge dans un univers inspiré du conte de la Belle au bois dormant, univers dans lequel soumission, domination et luxure s’entremêlent dès les premières lignes. Bon, j’avoue que l’ensemble devient rapidement répétitif (il y a des limites aux « délices décadents » que peuvent vivre les personnages), mais j’ai tout de même beaucoup apprécié ma lecture ; certaines scènes me « hantent » encore (je ne vous dis pas lesquelles, petits coquins…!) Enfin, j’ai aimé l’écriture, Rice nous donnant véritablement l’impression de plonger dans un conte délicieusement perverti.

LE CHARDON ET LE TARTAN (10 tomes à ce jour, en français)
Diana Gabaldon

Éditions Libre Expression
536 p.

Le Chardon et le TartanCette (très) longue série relate l’histoire d’amour de Claire Beauchamp, une Anglaise du XXe siècle, et de Jamie Fraser, un Écossais du XVIIIe siècle, qui ont fait connaissance après que la jeune femme ait voyagé accidentellement dans le temps, lors d’un séjour en Écosse. Leur relation passionnée se développe et évolue à travers les guerres, les conflits, les dures conditions de vie dans les Highlands et… les siècles. De mon point de vue, cette série est du bonbon. L’histoire est accrocheuse, les personnages sont attachants, l’humour et l’action sont au rendez-vous et l’intrigue se complexifie au fur et à mesure que le récit progresse. Encore une fois, j’avoue avoir trouvé que, la moitié de la série passée, l’auteure étirait la sauce et l’histoire devenait de plus en plus invraisemblable ; malgré tout, j’ai beaucoup aimé les premiers tomes et, si cette série se retrouve dans cette liste, c’est qu’après avoir fait la connaissance du personnage de Jamie, la gent masculine écossaise devient subitement fort attrayante, selon les dires de plusieurs lectrices… (et des miens aussi, je l’avoue. Après avoir lu le premier tome, et même pendant, on veut un Écossais. Point à la ligne.)

NOTRE-DAME DE PARIS
Victor Hugo
Éditions Gallimard (Folio)
960 p.
Notre-Dame de Paris

Tout le monde (ou presque) connaît Notre-Dame de Paris, que ce soit par le biais du roman original ou de la célèbre comédie musicale. Cette histoire compte parmi mes préférées: c’est certain, j’adore Victor Hugo, mais cette troublante histoire de triangle amoureux improbable, de désir malsain et de soif d’amour désespérée me fascine depuis longtemps (je « trippais » déjà sur le petit côté sombre du Bossu de Notre-Dame de Disney quand j’avais 7 ans, et c’était loin d’être aussi intense que l’histoire originale, alors imaginez!) Certes, la fin de ce roman est bien loin d’être heureuse, mais cela n’altère en rien la force et la beauté de l’œuvre, portée par la plume magnifique d’Hugo et remplie de personnages complexes dont les destins tragiques finissent par nous arracher quelques larmes.

Eh bien voilà, c’était ma modeste liste de suggestions littéraires atypiques pour la Saint-Valentin. Il existe évidemment des milliers d’autres livres pouvant appartenir à cette thématique, mais je crois vous avoir présenté des ouvrages suffisamment différents les uns des autres pour affirmer qu’il y en a pour tous les goûts! Sur ce, je vous souhaite une excellente lecture… et, malgré ce que j’en pense, une très  belle Saint-Valentin!

L’artiste et sa mystérieuse équipe de création

L’acte d’écrire est, comme de nombreux autres processus créatifs, un travail solitaire. En effet, pour arriver à produire une œuvre de qualité, l’artiste doit s’asseoir et travailler, certes, mais il doit aussi le faire en s’isolant, pour que toute sa concentration soit mise au service de sa créativité. Malgré cela, je pense sincèrement que chaque artiste possède, parfois sans le réaliser, sa propre « équipe de création ». Je vous explique.

La plupart du temps, l’inspiration me vient un peu par hasard. Les idées fleurissent alors que je marche au grand air (dans mon cas, c’est assez fréquent), pendant que je « fais de la route », que j’écoute de la musique, ou même pendant que je travaille. Il suffit d’une odeur, d’un son, d’un mot ou d’une image pour déclencher une intense frénésie mentale qui n’aura de fin que lorsque j’aurai réussi à sauvegarder l’idée sur papier. Généralement, les idées sont timides, des animaux craintifs qui attendent le bon moment pour ramper hors de leurs terriers: elles se manifestent lorsque je suis dans ma bulle, que je suis connectée à mes sentiments et que j’arpente mes univers intérieurs. Plus de la moitié du temps, j’arrive à créer sérieusement lorsque je suis seule, ou isolée d’une manière ou d’une autre ; le reste du temps, c’est mon équipe de création qui met la table et me prépare à travailler.

Dans cette grande équipe, il y a d’abord les critiques occasionnels, soit mes connaissances, mes collègues et mes amis. Ceux qui me lisent de temps en temps, qui apprécient mon travail et qui m’en glissent un mot… ou alors qui n’aiment pas vraiment et ne m’en parlent pas (ou peu, dépendant de notre relation). Ceux dont les commentaires, souvent inattendus, sont toujours appréciés à leur juste valeur. Ceux qui me connaissent déjà beaucoup, juste un peu ou pas tant que ça, et qui apprennent à me voir différemment à travers mes mots. Ceux que je me réjouis d’avoir à mes côtés, parce que bon, c’est déjà beaucoup que des gens s’intéressent suffisamment à mon travail pour y accorder un peu de leur temps.

Il y a ensuite les fans inconditionnels, soit mes parents et ma famille. Ceux qui m’encouragent depuis le tout début, qui lisent pratiquement tout ce que je fais, qui commentent, qui proposent des modifications. Ceux qui ne sont pas toujours très objectifs, parce que lien de sang oblige, mais dont les bons mots font toujours plaisir. Ceux qui savent que je vais réussir, même quand moi je n’en suis pas du tout certaine. Ceux dont l’optimisme est tellement foudroyant qu’il me permet de rêver un peu, finalement. Ceux que j’aime aussi inconditionnellement qu’ils m’aiment et semblent aimer mon travail, parce que…c’est comme ça.

Enfin, il y a les partenaires d’écriture, soit mon amoureux et mes amies très proches. Ceux qui m’aident à débusquer des idées, parce que parfois, les animaux préfèrent rester dans leurs terriers. Ceux qui s’enthousiasment devant un concept, se cassent la tête pour trouver une nouvelle péripétie, se désolent de me voir affronter une page blanche. Ceux qui critiquent honnêtement ce qui doit l’être, pour me permettre de m’améliorer. Ceux qui se réjouissent de voir le projet être développé petit à petit, parce qu’ils savent qu’il y a un peu d’eux-mêmes dedans. Ceux qui me sont très précieux, parce qu’un bon vieux « brainstorming », c’est parfois la chose dont j’ai besoin pour continuer à avancer… et parce que leur amour et leur amitié, c’est ce qui me soutient, quoi qu’il arrive.

Il se peut que vous fassiez partie de l’équipe de création d’une personne autour de vous, que vous le sachiez ou non. Alors si vous avez des artistes dans votre entourage et que vous vous intéressez réellement à leur travail, n’hésitez surtout pas à leur transmettre vos encouragements, votre soutien et vos critiques constructives : ce n’est sûrement pas grand-chose pour vous, mais pour l’artiste qui se sait appuyé, un commentaire peut valoir tout l’or du monde. Et qui sait, votre petit coup de pouce vous permettra peut-être de contribuer à la création de merveilleux projets!

Aujourd’hui, un peu de reconnaissance ; demain, le partage

Bon, si vous me lisez depuis un petit moment, vous le savez déjà: je suis une auteure qui commence tout juste à pouvoir affirmer… que je suis une auteure (m’ouais, enfin, le « syndrome de l’imposteur » est parfois coriace, ce n’est pas parce que je tâte le crayon depuis presque 20 ans – et pas toujours avec rigueur, évidemment – que j’ai de la facilité à le dire sans craindre la réaction des gens.) Je ne sais pas trop, on dirait qu’auparavant, je sentais que me proclamer auteure était ridicule, étant donné que je n’avais rien publié. J’avais l’impression que ça n’aurait pas l’air sérieux, qu’on me prendrait pour celle qui « se donne un titre sans avoir prouvé qu’elle le méritait ».

Depuis deux ou trois ans, je dois avouer que ma perception a changé. Pas uniquement en raison de mon travail et de mes premières publications (bien que ça aide!), mais surtout en raison de l’accueil chaleureux que j’ai reçu de la part d’auteurs aguerris, qui n’ont pas hésité à me faire sentir comme chez moi au sein de la communauté littéraire québécoise (ces premières tapes dans le dos, ce sont entre autres celles de Jonathan Reynolds, Ariane Gélinas, Mylène Gilbert-Dumas et Elisabeth Tremblay, pour qui j’éprouve beaucoup d’admiration et un grand respect. Allez jeter un petit coup d’œil à leurs blogues personnels ; ils sont affichés dans la colonne de droite). Leurs encouragements ont beaucoup contribué à me donner l’assurance nécessaire pour assumer ma passion et sentir que j’avais ma place dans le fauteuil de l’écrivaine.

Ceci étant dit, je suis parfaitement consciente de ne pas posséder le niveau d’expertise d’écrivains de longue date, qui peuvent aisément parler des mécanismes de l’édition, du fonctionnement des salons du livre, du processus de révision de manuscrits, des rencontres avec les lecteurs, de leur expérience professionnelle, etc. (Bref, du genre d’informations que j’adore et que je dévore, car elles m’apprennent énormément de choses intéressantes sur le milieu dans lequel je tente de me tailler une place.) Cependant, comme blogueuse, je sais que je peux écrire à propos d’une panoplie d’autres sujets qui vous rejoindront, surtout si vous êtes curieux et que vous vous intéressez à l’écriture, que ce soit la vôtre ou celle des autres:

-Les processus de création;

-L’inspiration qui apparaît au moment inopportun et disparaît on ne sait trop où;

-Le rythme de travail et la routine d’écriture;

-L’élaboration de projets;

-Les premières percées dans le monde des « publiés »;

-Le yoyo de motivation, avec ses hauts et ses bas;

-L’importance d’être bien entouré, malgré la nature solitaire de la tâche…

Durant la prochaine année, j’aimerais partager mes expériences personnelles d’écriture avec vous. Si cela peut vous inspirer ou vous amuser, tant mieux! Mais si cela peut aider certains d’entre vous à assumer pleinement leur passion et à réaliser qu’écrire pour le plaisir est aussi important que de le faire « sérieusement », ce sera ça de gagné. Parce que quoi qu’en disent certains, il n’y aura jamais trop d’histoires, et jamais trop de voix pour les propager…

J’aime, j’aime beaucoup: « Aliss » de Patrick Senécal

ALISS (PATRICK SENÉCAL)

Aliss

Éditeur: Alire

Date de parution: Novembre 2000

Nombre de pages: 521 p.

ISBN: 9782922145441

Résumé / Extrait:

Il était une fois… Alice, une jeune fille curieuse, délurée, fonceuse et intelligente de Brossard. À dix-huit ans, poussée par son besoin d’affirmation de soi, elle décide qu’il est temps de quitter le cégep et le cocon familial pour aller vivre sa vie là où tout est possible, c’est-à-dire dans la métropole. À la suite d’une rencontre fortuite dans le métro, Alice aboutit dans un quartier dont elle n’a jamais entendu parler et où les gens sont extrêmement bizarres. Mais c’est normal, non ? Elle est à Montréal et dans toute grande ville qui se respecte, il y a plein d’excentriques, comme Charles ou Verrue, d’illuminés, comme Andromaque ou Chess, et d’êtres encore plus inquiétants, comme Bone et Chair… Alice s’installe donc et mord à pleines dents dans la vie, prête à tout pour se tailler une place. Or, elle ne peut savoir que là où elle a élu domicile, l’expression être « prêt à tout » revêt un sens très particulier… (Résumé tiré du site de la maison d’édition Alire)

Tout au long de ce roman d’une grande originalité, le lecteur suit les mésaventures d’une jeune femme en quête de liberté, qui se trouve rapidement plongée dans un univers complètement décalé au sein duquel elle tente à tout prix de se tailler une place. Mais le peut-elle réellement?

Pourquoi je l’aime:

Honnêtement, j’ai dû relire ce roman à chaque année depuis mes seize ans (et ce n’est pas une blague.) Avec cette réécriture audacieuse d’Alice au pays des merveilles, le classique de Lewis Carroll, Senécal nous entraîne dans une histoire exclusive, mais truffée de clins d’œil faisant référence à Carroll, à sa vie et à son œuvre. Pour moi, Aliss est non seulement un roman qui nous garde en haleine du début à la fin, mais également une sorte de livre-jeu rempli de mystères, que chaque relecture permet de dévoiler davantage.

Parce que des jeux et des mystères, il y en a énormément, autant sur le plan de la forme que sur celui du fond. À travers le roman, plusieurs genres littéraires se côtoient: conte (représenté par les appels au lecteur avant chaque chapitre), théâtre (sous forme d’un dialogue dont la protagoniste est témoin, mais durant lequel elle ne peut voir les deux interlocuteurs), poésie (un personnage s’exprime uniquement en alexandrins), articles informatifs (lorsque l’héroïne lit des coupures de journaux qui l’aident à comprendre une partie de la situation), etc. Aussi, à plusieurs reprises, l’auteur fait varier la taille de la police de caractère employée, passant de lettres minuscules à d’énormes majuscules; ce fait assez inusité permet ainsi d’illustrer les perceptions faussées d’Aliss lorsqu’elle se trouve sous l’influence de drogues particulières.

En ce qui concerne le fond, les noms des lieux et des personnages ne sont jamais anodins, traçant des liens avec d’autres œuvres de Senécal et renvoyant régulièrement le lecteur à des références littéraires ou carrément populaires. Saurez-vous les identifier? (Je ne peux confirmer à 100% que j’ai trouvé toutes les références, mais franchement, c’était une partie de plaisir pour moi que de chercher à les repérer!)

Enfin, le ton employé est le dernier élément (et non le moindre) qui me permet de justifier mon amour pour ce roman singulier. J’adore l’ironie (et son cousin le sarcasme); parfois, j’ai l’impression qu’il s’agit de ma deuxième langue de prédilection… (Je vous laisse deviner la première. Vous ne devriez pas avoir trop de mal à déduire.) Hé bien avec Aliss, je me suis retrouvée en face d’un bouquin qui me parlait dans un langage bien connu! En effet, le lecteur traverse le récit en suivant les pensées de l’héroïne, qui s’exprime assez librement et de manière souvent très colorée. La narration est sarcastique à souhait, les répliques toujours savoureuses: un vrai régal.

Attention, toutefois : le contenu du roman, souvent très cru et parfois assez brutal, peut choquer certains lecteurs. À éviter, donc, si les scènes sexuellement explicites et la violence bien détaillée vous dérangent. Par contre, si vous êtes comme moi et que les éléments trash ne vous rebutent pas, n’hésitez plus et procurez-vous Aliss ; je suis à peu près certaine que vous ne serez pas déçus… et, surtout, amusez-vous bien!

À lire aussi (du même auteur): Senécal est un auteur assez populaire, mais parmi l’ensemble de sa production, j’ai mes petits coups de cœur. Je conseillerais sans hésiter Sur le seuil (roman d’horreur légèrement fantastique), Le vide (roman en deux tomes, critiquant de façon virulente notre société en quête de sens et ses vices cachés) et Le passager (roman court, mais fort intéressant de par son aspect psychologique très détaillé).